mercredi 21 novembre 2012

Le loup, la religieuse et le diable.

"On ne frappe pas une femme". Cette proposition pourrait être vraie. Mais, et sans aucune mauvaise foi, elle ne l'est plus. Primo, parce que l'on sait ce qu'est une femme depuis que la théorie du genre nous l'enseigne : un résultat culturel. Secundo, parce que la proposition, au regard du féminisme, est sexiste. Elle voudrait dire, en effet, en creux, "on peut frapper un homme". Pourquoi donc pourrait-on frapper un homme et pas une femme? Il est évident que la proposition fait preuve de sexisme et de discrimination en raison d'une construction culturelle tout relative. Si on maintient la proposition initiale, ce serait en souvenir de je ne sais quelle galanterie bourgeoise, de quel esprit chevaleresque où il était coutume de défendre la veuve et l'orphelin. 

"On ne frappe pas une femme" est donc, pour nous qui sommes éclairés, et qui savons ce qui nous trame, une proposition irrecevable. L'égalité elle-même nous oblige à ne pas la recevoir. L'égalité comme traitement uniformisant pour tous, sans distinction de sexe, de préférences sexuelles, d'origine, etc. Selon cette conception égalitariste l'équation est très simple : femme = homme. 

Donc si "on ne frappe pas une femme", cela veut dire que l' "on ne frappe pas un homme" non plus. Et dans ce cas, il faut s'insurger de ce que les fameuse Femen aient été battues non pas parce qu'elles étaient des femmes, mais parce qu'elles ont été battues tout simplement. Un "elles" qui auraient pu être un "ils". Si on continue à s'insurger du fait que ce sont bien des "elles" qui ont été malmenées, dans ce cas, on se doit d'être logique et de renier, l'égalité uniformisante, l'anti-sexisme et la théorie du genre, entre autres choses. Soit encore, et c'est le plus terrible, on sous-entend que s'il ce fut agit d'hommes, cela aurait été moins grave, alors on dit du même coup - si on peut dire -, si on ne renie pas toute l'idéologie mentionnée, que l'on pouvait battre aussi ces femmes, puisque une femme = un homme.

Ces femmes-là sont donc les dupes de leur idéologie et elles nous dupent aussi. Voulant chatouiller le loup tandis qu'il mange ou dort, elles s'étonnent d'avoir été mordues.  Je suis enclin à penser que d'être mordues leur sert, et qu'au final leur étonnement n'était que surfait. Pourtant elles savaient lire, c'était écrit "chien méchant". Les atermoiements de M. Fourest (le M étant ce qu'il y a de mieux désormais pour dire Monsieur ou Madame -Mademoiselle a été relégué au placard - chacun met donc ce qu'il veut dans ce M) sont des postures, de celles dont elle a le secret. L'Infinie Insurgée, la Grande Outragée, la Divine Affligée, sait parfaitement d'un détail faire un roman-photo. Elle vous prend une citation tirée de son contexte et ça lui fait son carburant pour un an. Elle qui a tout lu, tout vu, tout su, tout compris, elle qui devine tout, ne pouvait-elle pas prévoir ce qui allait se passer? Si bien sûr, cette fille intelligente le savait parfaitement, et c'est même pour cela qu'elle avait une caméra, qu'elle hurlait avec les autres, et qu'elle levait, elle-aussi le poing. Journaliste ? Soit, mais militante avant tout, journaliste parce que militante. Elle court, elle court la Fourest, mais pour sa boutique.

Exactement comme ceux qui marchaient ce jour-là - avec autorisation des autorités légitimes - qui marchaient pacifiquement jusqu'au happening des hystériques. Ils marchaient pour leur boutique. Drapeaux nationaux estampillés du Sacré-Coeur - faudrait se pencher une bonne fois sur les "révélations" qui ont donné naissance à ce drapeau-là, et l'on verrait que l'on ne peut donner sa foi, ni sa raison, à ce théâtre d'ombre, mais passons - banderole ( une en vérité) aussi bête que les body paintings des amazones. Ils avaient poussettes et marmots, cela valaient bien les seins, qui comme dit Lacan, ne sont pas des organes sexuels - il dit ça quelque part, je ne sais plus où, dans le séminaire "Encore", je crois. Le sein est à l'enfant ce que le nuage est à la graine. Un enfant voit un sein, il voit un nuage. Pas de quoi en faire de la ricotta. Ce que je me demande, c'est ce que font des marmots à une manif, qu'elle soit de CIVITAS, ou d'ailleurs, de gauche ou de droite. Un enfant n'a rien à faire dans ce genre de performance. Mais ça c'était avant, aujourd'hui on sait que l'avenir de l'homme, c'est l'enfant.  

Venons-en à la violence. En toute justice, il faut bien admettre que la première violence est celle de ces femmes. Ce sont elles qui et par le geste et par le slogan ont donné le premier coup. Elles débarquent sans crier gare, avec un accoutrement merdique et des extincteurs dont on ignorait le contenu... par les temps qui courent, on est vite paniqué. Des catholiques voient le diable, et l'on voudrait quoi ? qu'ils  dansent avec lui?  Donc début de la rencontre 1 pour Femen, O pour Civitas. Et puis quelques membres de la manifestation répliquent  (des excités de groupes de jeunesse brune, semble -t-il ) : 1 Femen 1 Civitas. A la fin, les activistes de Femen sont mises dans un fourgon de police. Fin de la rencontre : 2 Civitas, 1 Femen. Mais on joue les prolongations : la presse, Fourest, etc : 2 Civitas, 2 Femen.   




Eloïse Bouton, l’une des "chefes" de Femen en France, déclarait à Libération : « En tant que féministes, nous considérons que nous devons avoir un avis sur tout, pas seulement sur les sujets qui ne concernent que les femmes. Sur la mondialisation, sur le réchauffement climatique, sur tout. » Et plus loin : « Bien sûr, nous voulons attaquer les catholiques intégristes. Le mariage gay est une affaire laïque et on ne comprend pas pourquoi ils s’en mêlent ». Je pense que l'on peut enlever le "intégriste" qui n'est qu'une précaution oratoire puisque en tout état de cause, ce sont elles qui jugent ce qui est intégriste ou ne l'est pas.  On pourrait se dire, que n'importe quel adjectif peut remplacer le "féministes" et le "femmes", je ne sais pas, par exemple, cul-de-jatte, ou jardinier, ou catholique. Mais le raisonnement se construit ainsi : la religion est de l'ordre privé, strictement privé, le mariage-gay c'est laïque, strictement laïque et donc out ! Le raisonnement bien que sans nuance, pourrait se tenir, à ceci près que le "féminisme" de Femen tient du religieux aussi, c'est-à-dire, de la construction mythologique, de l'invention littéraire, d'une lecture philosophique. Et que ces femmes ne sont pas loin, d'être une espèce nouvelle d'inquisiteur. Toujours l'histoire de la paille et de la poutre.


On voit comment le mimétisme agit et comment, de nos jours, la violence mimétique devient vite judiciaire, juridique et médiatique. Si la violence première a été objectivement portée par Femen, qu'en est-il de la violence originelle, celle-ci n'étant pas celle-là? La violence originelle est à chercher dans la politique, dans le débat politique où plutôt dans la comédie politique, au sens très noble du terme "comédie". Le mariage-pour-tous qui déchaîne - littéralement- les passions : est d'abord une proposition politique et donc symbolique. La violence originelle est de cet ordre, de l'ordre symbolique appliqué à la vie publique, autrement dit du politique. Un symbole qui divise, ce n'est plus un symbole, c'est un diabole. Le diabolique donc est la figure du politique. On ne saurait, pratiquement, en politique faire autre chose que du diabolique, que de l'usage de diaboles. Le mariage-pour-tous, malgré sa philanthropie évidente, est de cet ordre. Il l'est non pas tant en soi, mais dans ses présupposés philosophiques et dans, précisément, sa volonté, tacite, méconnue, inconsciente, de muter le symbole, de déclarer que le symbole après tout ce n'est qu'un jeu de signes, qui ne porte pas à conséquence, avec lesquels on peut, tout à son aise jouer, et peut-être en est-il ainsi. Mais les altercations récentes laisseraient croire qu'il n'en est rien,  que jouer avec les symboles est explosif. 

Il fut dans la première moitié du XVIIe une affaire qui, mutatis mutandis, a quelques similitudes, du moins dia-sym-boliques, avec celle-ci. Je veux parler de celle qui secoua la petite ville poitevine de Loudun. Tout un couvent de religieuses ursulines se trouva possédé du démon. Cela commença par la supérieure et très vite l'épidémie gagna toute la communauté. L'affaire fit grand bruit. On chercha, bien sûr, un coupable, et le sort - pas par hasard, il n'y a pas de hasard dans le choix d'un bouc émissaire - tomba sur le curé. C'était lui la cause de ce déchaînement de diableries. On le jugea, on le brûla. Mais les possessions, les convulsions, les cris, bref l'hystérie reparti de plus belle. On fit venir exorcistes et médecins, et le public put venir assister, comme au théâtre, aux séances d'exorcisme. Car c'était cela : un théâtre, un happening nous dirons, une performance qui n'avait pas encore été inventée. L'affaire ne fut pas que religieuse, elle était politique aussi. Loudun fut le précipité d'une crise mimétique sans équivalent dans sa théâtralité. 

Aujourd'hui, que la possession est reléguée au Moyen-Age, il faut bien que l'hystérie se dise autrement. Mais elle conserve presque les mêmes signes : religiosité, théâtralité, démesure, convulsionnisme, extrémisme, mensongerie et violence. Loudun ou Femen, après tout nous ne sommes pas loin, l'exorcisme étant remplacé par la procédure juridico-judiciaire. Dans l'un et l'autre cas, ça possédait, ça se faisait posséder : des religieuses qui ne pouvait être possédées par aucun homme -Urbain Grandier, le curé en était un - et des féministes qui n'aiment pas beaucoup les hommes.  Et sur la scène du théâtre, c'est toujours le même combat qui est mimé celui de la liberté fondamentale qui récuse l'aspect contraignant du symbole et de la  Morale qui impose l'existence de l'instance symbolique. Ce théâtre-là avant de se trouver à Loudun ou dans la rue, plante ses tréteaux au cœur de chaque individu. Et le grand drame de toute crise mimétique, c'est d'ignorer cela. Extérioriser ce conflit permet de donner visage au "diable" qui nous agite et, illusoirement, de le tuer.

mercredi 14 novembre 2012

L'entrée du Christ à Bruxelles où la religion qui vient.

La religion est polymorphe ou plutôt le religieux est polymorphe puisque la religion est une chose et le religieux une autre. On peut rapidement définir la religion comme un ensemble plus ou moins structuré de principes, de croyances et de rites, tandis que le religieux serait plutôt un sentiment, plus ou moins vague, plus ou moins conscient, ayant trait à des conceptions du monde ne relevant pas directement de l'empirisme positif.
Le religieux donc, en raison de sa nature extrêmement plastique, peut se manifester en dehors même des cadres stricts de la religion, des religions. Il y a un certain rapport au sport, à la mode, aux fêtes, à la musique, à la culture, à la politique, à la science même qui relève du religieux et ce même si les comportements signalés ne donnent pas forcément naissance à une religion. Un seul exemple lié à la nourriture : le sport et la mode font appel à un comportement ascétique proprement religieux, comportement largement manifesté dans un ensemble de religions. L'anorexie sportive ou celle des plateaux de modes ne peut pas ne pas faire penser à celle de la mystique. Si les deux premières sont acceptées culturellement par nos sociétés comme allant de soi, la troisième, quant à elle, semble pathologique et ce uniquement en raison de son objet de référence directement religieux.

Cet exemple, et il y en a d'autres, illustre clairement que ce qui "fait problème" pour les mentalités contemporaines, ce n'est pas tant un comportement spécifique que l'objet de référence qui motive le comportement. Or l'objet explicitement religieux fait problème. Davantage encore, c'est l'objet religieux transcendant, autrement dit celui qui est au dehors, qui est évacué; car, malgré le soin qu'elle met à évacuer tout ce qui est expressément religieux, notre société est incapable d'y parvenir vraiment et le religieux n'est en définitive que déplacé.



Ce déplacement est accompagné, à moins qu'il n'y participe, d'un changement de paradigme. Ce nouveau paradigme comporte l'amnésie générale d'un moment, pas si ancien, d'une religion structurante de la culture. Je veux parler du christianisme qui, il y a encore quelques années, était un donné que beaucoup partageaient sans même y adhérer par conviction.
Aujourd'hui, il semble que les choses aient changées et que toute référence au christianisme, qu'elles soient motivées par des convictions philosophiques ou simplement sociologiques, est le fait d'une arrière-garde désespérément attachée à un ancien ordre des choses. La rapidité du changement paradigmatique dont ce qui vient d'être dit n'est qu'un symptôme, ne peut avoir lieu sans un travail positif d'oubli, d'amnésie.
Cette amnésie draine avec elle la confusion des notions, et pour tout dire, l'indifférence aux notions elles-mêmes. Que nous importe donc les notions, l'histoire et le reste, puisque nous en inventons d'autres ! semblent dire nos contemporains. Le problème est que les fameuses notions dont on ne veut plus avaient été forgées dans une espèce de lenteur propre à l'humain, et que celles - les pauvres - qui les remplacent sont artificiellement fabriquées dans l'officine des jeux des influences politiques, économiques, sociologiques, et plaquées à grand renfort de communication sur des cadres tout aussi vite construits et qui sont censés rendre compte de l'évolution extrêmement rapide des mentalités. Les axiomes du nouveau paradigme sont ainsi induits, presque de force, avec une violence qui même si elle prend la télévision pour truchement n'en demeure pas moins une violence, inculqués dans la tête, l'esprit, le cœur des individus constitués en troupeau savant. La généralisation des études, de l'école, nous a rendu "savants", capables de réfléchir par nous-mêmes, mais, malheureux que nous sommes, nous voilà toujours constitués en troupeau où si l'un bêle, le voisin bêlera, et ainsi de suite. "Penser par nous-mêmes"? La belle illusion, ça pense et ça se passe bien de nous. Il faut une volonté d'airain pour échapper au poids du troupeau savant, s'extraire de la masse soi-disant pensante et suspendre son jugement autant qu'il le faut, jeter un anathème définitif sur la télévision, cette boîte de pandore, et faire son chemin sans l'aide de ce cerveau de remplacement.

Parmi ce qu'il est convenu d'appeler, de façon somme toute assez conventionnelle, nos contemporains - car, après tout, qui m'est contemporain? - il en est, un bon nombre, qui refusant, parfois de manière arrogante - une arrogance qui tant elle tient du tic mimétique, confine à la bêtise, égrainant toujours les mêmes poncifs, les mêmes arguments ressassés -  et le religieux et la religion - toutes sont englobée dans ce "la" qui prend essentiellement la figure du christianisme, comme étant la quintessence de "la" religion, autrement dit de la perversion - exécutent, dans un même mouvement, le remplacement de l'une et de l'autre, par une "philosophie" et des références idéologiques qui tiennent du religieux et de la religion. Ils se font gloire d'être purifiés de la perversité religieuse mais, et c'est sans s'en rendre compte, tant ce qui est religieux est censément évacué, qu'ils réinstaurent des habitus et des manies proprement religieux. Les lendemains qui chantent, ceux du changement perpétuel - et ça change depuis toujours, l'Eglise elle-même ne se disait-elle pas "semper reformanda", sont pour ses bonnes âmes l'horizon de leur eschatologie immédiate. Ces bonne âmes toutes replètes d'une dévotion festive, toutes confiantes en une humanités idéale et bonne, pleine de romantisme social, tout sourire et le cœur sur la main tant que vous êtes d'accord avec elles, mais bien que  dévotes à la fête humaine, se transforment en assassines, sans pitié, sans compassion, sans même prendre la peine de vous comprendre dans ce que vous dites, en coupeuses de têtes, si vous avez le malheur de ne pas vous réjouir avec elles. Cette "Eglise" qui ne dit pas son nom, aux ramifications telles que je ne demande parfois si, à mon corps défendant, je n'en fait pas partie, propage - elle a ses missionnaires - ses idées, ses sentiment, ses impressions qu'elle prend pour des opinions, ses opinions qu'elle croit  mordicus être données d’en-haut, un en-haut qui est aussi un en-bas, car pour elle il n'est d’en-haut que très bas;ce nouveau paradigme, qui a besoin de la figure de l'autre soit pour l'aduler soit pour l'écraser.

L'évacuation spectaculaire d'un certain religieux, d'un religieux dont la référence est explicitement transcendante, d'un religieux entretenant des relations trop explicites avec la religion, fait place ainsi à une palette de réactions qui sont encore de type religieux et donc, à terme, à une religion au sens où on la définissait plus haut.
Cette religion qui vient - qui est déjà là - est à la fois politique et festive, l'un n'allant - désormais- jamais sans l'autre (Il n'est que de voir les émissions de télévision où hommes politiques - et femme, précisons- se mêlent aux comiques en tout genre, dont certains font profession, justement, de moquer le politique. Aussi le moqueur se trouve à la même place que le moqué, l'arroseur que l'arrosé, et l'un vaut l'autre, et l'un dit aussi vrai que l'autre, et l'on ne sait plus, au final, qui est l'un qui est l'autre, car de l'un à l'autre, il n'y a plus de différence. Et l'effacement de la différence est un premier pas vers la violence.)
La fête, et la fête politique, est la figure majeure de la religion nouvelle. Une religion qui impose à ses fidèles de se réjouir en tout temps et de trouver cause à sa réjouissance en tout. La ville - lieu du politique étymologiquement - devient le fastueux théâtre des amusements et l'on voit telle ou telle place occupée par des manifestations où les citoyens communient : c'est sympa ! Effectivement, c'est sympa ! Un slogan en forme de credo : sympa et on a tout dit. Un sympa qui réduit à rien les qualificatifs avec lesquels on pourrait nuancer la réalité. Nous sommes convier au banquet urbain du sympa, parce que Monsieur, Madame, il n'y a pas de souci. Il n'y a plus de soucis, c'est la promesse de ce nouveau culte. A y regarder de près, nous sommes encore et toujours dans le christianisme - dont nous sommes indécrottables- mais un christianisme de pacotille, une amusette bonasse pour cerveaux marketisés.

Indécrottables chrétiens nous le sommes à moins que les autres que nous chantons à longueur d'années, les autres, autres vraiment, ceux qu'après tout nous n'aimons pas, ceux avec lesquels nous ne vivons pas, ceux avec lesquels nous n'habitons pas, ceux pour lesquels nous avons une condescendance souriante, ceux dont nous faisons mine d'aimer la culture, ceux qui nous font pleurer de tendresse avec des larmes de crocodile, ceux-là même que nous avons mis au pinacle, comme étant les plus propres à nous représenter, parce qu'ils sont autres justement, sans que nous nous rendions compte que nous sommes là dans une schizophrénie acrobatique  : l'altérité comme figure de l'identité, je ne serais moi qu'en étant un autre; que ces autres, donc, pour lesquels je dois avoir cet amour sympa et mou - nous sommes loin du "aimez vous les uns les autres", cet amour-là avait la croix pour sceau, autrement dit le don suprême - nous lavent une bonne fois de ce qu'il nous reste de christianisme. Et alors, on remballe tout, les flons flons et les chants, fini la fête ! Parce que ces autres ne sont pas schizophrène eux, et n'ont rien d'adorateurs aveugles de l’altérité molle.



"L'entrée du Christ à Bruxelles" est un tableau du peintre belge James Ensor




jeudi 25 octobre 2012

La figure sacrificielle et la fête.


Le texte du chapitre 22 de la Genèse ne va pas sans poser quelques questions. Et il est bien qu'il en soit ainsi. Par exemple, Isaac est présenté comme le fils unique d'Abraham : " prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac", or l'on sait par le récit lui-même, qu'il n'en est rien  et qu'Abraham est précédemment  père d'Ismaël, enfant qu'il eut de sa servante. Le récit donc fait l'impasse sur le caractère non unique d'Isaac, sur son caractère carrément second. Il ne l'ignore pas puisqu'il le relate, mais il ne le considère pas, Ismaël ne fait pas nombre, il n'est pas compter comme fils, et surtout pas comme fils premier-né et ce même s'il reçoit son nom d'en-haut et qu'il est même béni par Dieu. Mais c'est Isaac, à ce régime, qui est l'unique, et avec raison, on pourrait dire, car il est lui seul le fils de la promesse, tandis qu'Ismaël est celui du doute. Isaac est le fils du rire, Ismaël le fils de l'anxiété, Isaac le fils du visage, Ismaël celui du ventre. Isaac celui de la grâce, Ismaël celui de la force.  On pourrait ainsi longtemps palabrer sur le statut de la gémellité, ou de sa figure, dans la Bible, mais on s'arrêtera ici.

En un temps où le sacrifice humain, et particulièrement celui des enfants, étaient encore monnaie courante, Dieu, selon le texte biblique, demande à Abraham de commettre un acte similaire, de lui sacrifice son fils, de l'immoler même : " Prends ton fils, ton unique, que tu chéris, Isaac, et va-t’en au pays
de Moriyya et là tu l’offriras en holocauste sur une montagne que je t’indiquerai." Ce fils du rire, celui de la promesse, celui que Dieu lui avait donné, Dieu maintenant demande de le lui immoler par le feu comme si Isaac était une vulgaire victime et Dieu une idole parmi tant d'autres : "Isaac s’adressa à son père Abraham et lui dit : « Mon père ! » Il répondit : « Oui, mon fils ! » – « Eh bien, reprit-il, voilà le feu et le bois, mais où est
l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste, mon fils », et ils s’en allèrent tous deux ensemble."
Abraham obéit, et l'on sait ce que Kierkegaard à  fait de cette figure de l'obéissante sans yeux. Il obéit et va pour immoler son fils. A celui-ci qui lui demande où donc l'on trouvera la matière du sacrifice, Abraham, père toujours avenant, répond : "Dieu y pourvoira mon fils". Il parle mais il ne sait pas ce qu'il dit, parce qu'en effet Dieu y pourvoit déjà, et Abraham confond le temps présent, celui de sa marche vers la montagne du sacrifice, et le temps futur, celui de la providence divine. Dieu a déjà pourvu, et Abraham croit savoir mieux que Dieu, mais Abraham obéit. Le rire est fini, l'unique va être immolé.

On sait la suite. L'ange arrive retient la main du père, le fils est épargné, un bélier est trouvé, inventé, et voici que c'est l'animal qui est sacrifié en lieu et place du fils, de l'enfant.
Jamais plus on ne parlera parmi les enfants d'Israël de sacrifice humain et l'enfant sera toujours l'enfant du rire, le don, désormais sera par-don, et Dieu, ce Dieu qui éprouve, que l'on éprouve, ne reprendra jamais plus ce qu'il a donné une fois, au contraire, il donne à nouveau.

Le sacrifice humain est donc interdit et c'est tout le sacrifice qui dés lors entame une évolution. Si le judaïsme connait encore le sacrifice animal, en lieu et place du sacrifice humain, la tradition prophétique d'Israël n'aura de cesse de critiquer l'aspect sacrificiel de la religion de Moïse. Il faudra attendre la venue de l'autre Fils, de l'Unique Véritable, de celui dont Isaac sacrifié était la figure pour rompre une bonne fois pour toute avec le sacrifice sous toutes ses formes. En effet, le sacrifice librement consenti du Christ, Agneau Absolu, depuis la fondation du monde, met fin, une fois pour toute, et sans retour possible, aux longues suites des sacrifices de sang. Les fleuves de sang se sont tari par le sang d'un seul en vertu de la liberté de celui qui l'a versé. Et désormais le sacrifice ne saurait plus avoir que la figure dérisoire d'un repas.

Le christianisme donc se présente comme une religion pas seulement non-sacrificielle, mais comme une critique radicale du sacrifice. On ne saurait être chrétien et resté attaché au sacrifice. Le sacrifice est une violence religieuse, une institution violente de la religion sensée opposer un barrage transcendant à toute violence possible. On choisi une victime pour qu'il n'y ait pas d'autres victimes sur qui la violence folle des hommes pourrait s'abattre. La victime rituelle est la bonne, l'unique bonne victime puisque elle catalyse tout la violence et apporte par son meurtre la paix. Le christianisme est donc, en ce sens, le démantèlement de ce système victimaire, et donc, la sortie majeure de la religion archaïque.



Mais alors l'islam? Pour être franc, il n'y dans l'islam que peu de trace du sacrifice. Mais dans sa prétention à se poser comme l'unique voie abrahamique, voire l'unique religion vraie pratiquée par le patriarche. L'islam, nécessairement, nous ramène, par dessus les siècles, par dessus les prophètes critiques, par dessus, évidemment, la construction chrétienne, à l'instant du sacrifice d'Abraham. Nous voici donc remonté dans le temps, nous voici au pied de la montagne, Abraham conduisant l'âne, et se retournant pour répondre aux questions inquiètes du fils. Le visage du fils n'est plus le même cependant. Isaac est resté avec sa mère, et c'est Ismaël que l'on découvre tenant le bois, derrière son père. C'est Ismaël, fils du ventre et de la force, le premier unique, qui va être sacrifié. Ce n'est pas le fils du rire, c'est celui de l'anxiété qui chemine vers l'holocauste. Cela change-t-il quelque chose? Oui, cela change presque tout. Mais ce n'est pas là le sujet.

L'islam nous conduit rapidement au sacrifice d'Abraham. Il y a changement de fils, mais reste le sacrifice, sans la même portée, mais toujours violent. L'islam donc par sa prétention à rejoindre sans étapes la figure d'Abraham remet d'une bien étrange façon le sacrifice en son cœur. Le christianisme l'avait expulsé dans ce qu'il avait d'archaïque, mais l'islam, le ramène, discrètement mais surement. La fête de L'Aîd al-Adha, autrement dit "Fête du sacrifice", est la fête des fêtes, Aîd El-KeBiR, puisqu'elle commémore le sacrifice d'Abraham - acte fondateur -et sa parfaite soumission aux dictats divins : Abraham est le parfait musulman. Ce n'est donc pas rien. Et voilà que, de façon rituelle, sont sacrifiés de vrais moutons, en mémoire du bélier pris dans les broussailles. Un mouton que l'on mangera en famille et avec les voisins.

 L'islam ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes, des vieux, ici et là-bas qui pensent sincèrement qu'ils rejoignent la foi d'Abraham par une répétition de gestes, par des figures de figures. Exactement comme des chrétiens qui refont chaque jour et, principalement chaque dimanche, le partage du pain et du vin en mémoire de celui qui leur a demandé de faire : figures de figure. Dans le premier cas, la figure reste sanglante et archaïque, dans le second cas, la figure n'est plus sanglante, le repas lui-même n'est plus franchement un repas. Dans le premier cas, la fête est le mine le plus proche possible du fait violent, dans le second cas, on s'en est éloigné le plus possible; et si la croix, même dans ce repas réduit à des signes, est omniprésente elle ne l'est plus que d'une présence performée par les signes, et des signes qui ne singent pas, justement. 

Si le christianisme - faisons cette hypothèse - est une construction littéraire ou conceptuelle et si l'islam en est une aussi - il n'y aurait pas de raison qu'il ne puisse pas l'être - je pense que vaut mieux, anthropologiquement,  la première que la seconde. La première nous arrachant à la violence, si du moins on accepte de l'entendre dans sa radicalité pacifique, la seconde nous gardant encore trop proche d'elle. Ceci explique sans doute cela.

mardi 2 octobre 2012

La culture du redressement.


 La rédaction de ce billet remonte à plusieurs mois. Je ne le publie qu'aujourd'hui.

Bien sûr, on peut et l'on doit se réjouir de ce que l'on évoque la culture comme fondement d'un éventuel redressement de la France et donc de l'Europe, car quand bien même la France se redresserait, si elle le fait seule, à quoi bon? Rien de ce qui est en Europe ne se redresse ou ne s'abaisse sans que le même mouvement ne se répercute, tôt ou tard, sur d'autres. C'est une des facettes du mimétisme global.

Cela dit, une question se pose tout d'abord. Redressement? Mais redressement de quoi, au juste? Si redressement il doit y avoir c'est donc qu'abaissement il y a eu, et que probablement il y a encore. Mais alors quel est cet abaissement non évoqué, si ce n'est par antonymie ? Le mystère est épais. S'il venait, en effet, quelqu'un pour vous dire - et en vérité, on en trouve - qu'il y a eu, qu'il y a, abaissement, affaissement, et je ne sais quoi d'autre dans le même goût, ceux qui réclament le "redressement", s'écrieraient la main sur le cœur, qu'abaissement, il n'y a point, et que l'on se trouve là, à la limite du catastrophisme, de l'insulte, voire du trop fameux "dérapage". Cependant, ceux-là même peuvent parler, eux, de redressement et donc, logiquement, évoquer, sans le nommer - mais ils procèdent toujours ainsi- l'abaissement.
A moins, et cela est possible, que le redressement soit exclusivement un redressement économique et donc social, puisque l'un ne va pas sans l'autre. Mais alors, le mystère s'épaissit plus encore, car que peut la culture dans un tel redressement : s'agit-il de vendre plus de livre? plus de cd? plus de place de concerts? de faire exploser les entrées au cinéma? d'allonger les files d'attentes lors des grandes expositions cycliques, cultes tragiques que l'on rend aux derniers dieux? d'augmenter les manifestations nocturnes en tout genre? de saturer les musées? d'en exporter la marque et les produits dériver? de vendre plus de t-shirt marqués "I love Le Louvre" ou "I Love Versailles"? Allez savoir.

Ces considérations culturelles et économiques nous conduisent à nous poser la question suivante "qu'est ce que la culture?" Un livre serait nécessaire pour répondre à cette question, et d'ailleurs il en existe pas mal déjà qui tentent de cerner le sujet. Restreignons le champ de la question : quelle culture est susceptible de redresser la France - je n'aime pas cette rhétorique, je l'empreinte seulement- , si l'on met de côté les conséquences économiques?
Avant d'en venir à une ébauche de réponse, qui sera d'ailleurs une non-réponse. Donnons deux exemples d'inculture ordinaire. Un de ses derniers jours j'allai, cherchant une théière, dans un magasin bien connu où l'on vend du thé. Je vis sur les présentoirs, un "Guide du théophile". Surpris, je me dit "mais que fait donc une indroduction à la Vie dévote chez un marchand de thé?" Les infusions auraient-elle quelque chose à voir avec Dieu? Il est vrai que l'on parlait jadis de "grâce infuse"... mais tout de même. En vérité,  le livre n'était qu'un guide pour amateur de thé. Comme chacun sait, aimer en grec ce dit, entre autres, "philein" qui donne le préfixe ou siffixe philo- comme dans philosophie ou francophile. Mais, visiblement, ce que chacun ne sait plus, c'est que "théo" en grec veut dire "dieu" comme dans "théologie" et donc en toute logique "théophile" signifie "aimant Dieu", comme "théodore" "don de Dieu". Le Palais des Thés, propose donc, à l'amateur de Thé, de considérer son sachet comme une image de Dieu, qui répand ses vertus, par infusion, dans son âme, comme dans une eau chaude. Voilà bien l'exemple même de la bêtise élevée en culture par le truchement d'un terme qui se veut savant : "théo-phile" ne veut pas dire "qui aime le thé". On me dira que je suis radical, un puriste, un des dernier en ces temps où les puristes ne sont plus, que même l'Académie, blablabla. Mais cela commence par un jeu et fini toujours le plus sérieusement du monde ; je parie que tripotée de gens, bien sous tous rapports, croient le plus ingénument du monde que "théophile" veut dire "amateur de thé" : "Ah, tu sais je suis un grand théophile, j'en bois des litres !" Permettez que je comprenne que Dieu est un liquide.

L'autre exemple est sans doute plus parlant encore. A Rouen, sous le Grand-Horloge, près de la Cathédrale, se trouve une représentation très belle de saint Jean-Baptiste parmi les moutons. J'étais en train d'admirer la sculpture monumentale, quand arrive une bande de gamins conduit pas une institutrice ou une "maman-accompagnatrice". Les gosses étaient en train de faire un rallye-découverte de la ville, j'imagine, puisque, papiers à la main, arrivant sous la tour de l'horloge, ils lisent la question et tentent d'y répondre. "Quels sont les animaux représentés et à quoi servent-ils?" On notera au passable l'aspect pratique de la question, un animal soit ça sert à quelque chose, soit ça sert à rien, et si ça sert à rien, et bien, cela ne sert à rien et donc ouste ! Donc on répond : "des moutons" et "à faire de la laine". Mais soudain un des enfants demande : "Madame, c'est qui le monsieur avec les moutons", puis un autre "oui c'est qui?" Et la dame, la maman ou l'institutrice "Allons, les enfants, on passe à l'autre question" autre question dont la réponse se trouvait cent mètres plus loin. "C'est qui alors?" fut la dernière chose que j'entendis du groupe qui s'éloignait prestement. Non, seulement, on ne répondit pas à la seule question intelligente fasse à l’œuvre d'art, celle de son sens, mais ceux qui avaient préparé le rallye, n'avaient, face à cette oeuvre-là, pas trouvé mieux que de parler d'utilité animale, rendant l'oeuvre inintelligible, presque inexistante. Hélas, l'ignorance dans cette manière est de plus en plus crasse et, même, nous avons atteint un point de non retour, en matière d'art qualifié d'ancien et de religion comme terreau culturel, le pire c'est que bien souvent les deux allaient de paire.

Alors quand nous parlons de "culture" de quoi parlons-nous? De savoir qui était Jean-Baptiste? Même si cela devrait en faire partie, nous n'entendons pas réduire la culture à ce genre de "savoirs", comme nous n'entendons pas la réduire aux multiples manifestations, fêtes, festivals, nuits, performances, installations, etc. qui jalonnent l'année civile. Nous n'entendons pas la faire commencer non plus en 1950 ou à la fameuse fontaine inaugurale. La culture ne commence pas après la guerre, elle ne commence pas à une date précise. Elle n'est pas un pot que l'on ouvre pour en tartiner les temps morts et les jours d'ennuis. La culture n'est pas cette petite curiosité du badaud qui, durant des heures, fait la queue - c'est son devoir- pour "faire" la dernière expo donc parle Télérama, autrement dit dont tout le monde parle. La culture est une inquiétude prioritaire qui a l'oisiveté - l'ostium des Latins - efficace. Une efficacité qui n'est pas de ce monde, qui ne l'est plus. Elle n'est poétique qu'au sens des Grecs, et non au sens des romantiques, qui mentent toujours. La culture ce n'est pas des amusettes pour bourgeois en goguette - et nous sommes tous des prolo-bourgeois, à l'heure qu'il est : il y en  a qui le savent et d'autres qui s'illusionnent. Est-ce cette culture qui redressera la France? Soyons sérieux ! Bien sûr que non. Alors autant dire, que les carottes sont cuites, c'est-à-dire qu'elles sont molles - redressement, tu parles !- et quand c'est comme cela nous ne sommes plus très loin de la purée : la purée de culture, bien sûr.

dimanche 23 septembre 2012

Deux papas pour Jésus.

En mai dernier, le Soir, journal belge, publiait un reportage sur l'homosexualité. Un des articles s'intitulait : "Jésus aussi avait deux papas". Le "aussi" renvoyait à la promotion du mariage-gay - concept en soit - déjà acquis en Belgique mais qui reste encore à instituer en France.  Ce titre, à la provocation molle, sous-entendait, bien sûr, que l'unique opposition à ce progrès "sociétal" indéniable, que constitue le dit mariage, vient de l’Église et de la catholique, cela s'entend; puisque, on le sait, c'est La Grande Empêcheuse de tourner en rond - pour rester poli. Il reste à prouver que l'Eglise catholique constitue l'unique force - faible force à vrai dire - qui s'oppose aux jours heureux du matrimoine homosexuel. De même, qu'il n'est pas encore prouver que toute la fameuse "communauté" gay soit pour ce mariage. Cette demande émane, cela est sûr, surtout d'associations et de groupes de pression  estampillés LGBT qui en mal de revendication ont trouvé là leur nouveau cheval de bataille en attendant d'en enfourcher un autre plus blanc, plus pur, plus rapide. Les médias dans leur crasseuse complaisance avec les idées dans le vent, enfoncent le clou : il s'agit d'une question vitale, d'égalité fondamentale, d'équité et de simple justice. "Faire famille", c'est un droit opposable et souverain pour tous ! Bon, la cause est entendue, soit. Gay, gay marions-nous. Et puis adoptons, chien, chat, enfant, peu importe, faisons famille avec ce qui nous tombe sous la main, ce qui compte, après tout, comme nous le serine le christianisme, c'est l'amour, non?


Passons aux considérations hautement théologiques que soulève le titre de l'article. Commençons par le plus évident. Si, de fait, Jésus avait eu deux "papas" , étant donné la teneur de l'article, il faudrait en conclure que Joseph fut l'époux de Dieu le Père. Si fait, de deux choses l'une soit il est un "époux" allégorique, soit un "époux" réel. S'il l'est de manière allégorique autant dire qu'il ne l'est pas vraiment, qu'il s'agit juste d'une manière de parler, et que donc, logiquement la double paternité est, elle-aussi, allégorique. L'affaire s'arrête ici : Jésus n'a eu deux "papas" que de façon rhétorique. Si, au contraire, Joseph est l'époux réel de Dieu le Père, cela nous ouvre des horizons théologiques très larges. Apparemment, du moins, car très vite nous achoppons sur la question de la sexualité. Puisque, si nous parlons d'épousailles réelles, il faut que d'une manière ou d'une autre la sexualité soit ici assumée. Il ne fait aucun doute que Joseph fut un être sexué, avec des attributs mâles. Cela ne suffi pas pour nous qui connaissons les finesses de la théorie du genre. Nous savons nous, ce que valent les attributs mâles ou femelles : de la roupie de sansonnet ! Il ne suffit pas d'avoir un pénis entre les jambes, encore faut-il se le mettre dans la tête. Mais, si  l'on fait confiance au témoignage néo-testamentaire, l'on doit tenir pour certain que Joseph se vivait comme un homme, qu'il n'avait pas de problèmes majeurs d'identité sexuelle. Ainsi donc, Joseph était non seulement du genre masculin mais se vivait comme tel, il savait donc, il se vivait donc, comme n'étant-pas-une-femme.
En bonne théologie, nous savons que Dieu n'a pas de sexe, qu'il est une esprit asexué, que la question même de la sexualité ne se pose pas dans son cas. Dieu ne connaissant pas la génération, ni la succession n'a nul besoin d'un déterminisme sexuel. Il n'est même pas question de besoin dans son cas. Alors qu'en est-il de ses épousailles réelles entre Joseph et Dieu, considérant qu'il n'y a aucune sexualité du côté de Dieu, et que Joseph est un mâle? Il y a un autre cas similaire, en apparence, celui de Jésus et de l’Église. En effet, Saint Paul, parle du Christ et de l’Église comme d'époux réels. Le Christ est sexué et du genre masculin - enfin, on le croit - l’Église est dite du genre féminin, mais asexuée et pour cause, elle n'est pas une personne physique. La sexualité dans ce cas n'est pas ignorée. Elle est signifiée par le concept du "corps" qui intervient comme un vecteur érotique dans cette espèce. L'érotisme est ici à prendre de deux manières, à la lettre d'abord, transmuté par l'agapé chrétienne ensuite. Pouvons-nous appliquer ce schéma au cas de Joseph et de Dieu? Et bien non, tout simplement parce que si l’Église n'est pas une personne physique elle est cependant une chose créée, Dieu ne l'est pas, et comme tel, comme Dieu, il échappe à toute détermination et, parler, dans son cas, d'époux, ne peut être qu'un effet de rhétorique, puisque à strictement parler Dieu ne saurait être l'époux de rien du tout ni de personne, puisque pour être époux il faut être sexué et pour l'être il faut être créé. Donc il ne saurait être question entre Joseph et Dieu de mariage, même mystique, et Marie, n'est pas le ventre prêté, auquel, le titre de l'article, la réduisait, en toute logique, à être.

Pourtant, Jésus parle bien de "son" Père, et dans la prière dominicale il dit même "Abba" autrement dit "papa". Alors? Nous allons y revenir. Lors du recouvrement au Temple, après que Jésus enfant se soit soustrait à la vigilance de ses parents, Marie dit à son fils retrouvé, en parlant de Joseph : "Ton père et moi, te cherchions depuis trois jours..." et l'enfant de lui répondre "Pourquoi me cherchez-vous? Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père?"
"Ton père et moi." Donc jusqu'à lors, Jésus n'avait qu'un père, et ce père c'était Joseph. Marie le sait, et c'est pourquoi, saine d'esprit, elle dit "Ton père et moi". Mais Jésus dit ensuite "Pourquoi me cherchez-vous? Je dois être aux affaires de mon Père". Pour la première fois, il introduit une différence, ou différance, comme on veut, il crée une paternité différante, syncopée et parle de "mon Père". D'évidence, il signifie là qu'il existe une autre paternité, le concernant. et que cette paternité réclame de lui qu'il soit à "ses affaires". La suite des évangiles nous fait découvrir qui est l'autre terme de cette paternité différante, puisque, après tout, la paternité est une relation entre deux termes. Elle n'existe que s'il y a deux termes en présence. Joseph est le père de Jésus, c'est Marie qui le dit. Mais Jésus, révèle qu'il est fils "ailleurs", qu'il est fils au-delà. Et, la lecture des évangiles le confirme : on ne saurait prendre cette filiation-là, et donc la paternité afférente, comme des relation selon la chair, ou selon la sociologie. Si Jésus est fils par-delà, au-delà, il s'agit d'une méta-filiation et donc aussi d'une méta-paternité pour Dieu. Pour le dire autrement, c'est surtout le langage qui ici est un métalangage  qui tente de livrer quelque chose qui appartient à l’identité incréée de Dieu, puisque pour dire vrai, Dieu n'est ni père, ni fils, si nous nous en tenons à la trivialité du discours. L'on monte vers Dieu par des mots, mais au seuil du mystère de la déité les mots défaillent et nos langues se taisent.

Alors parler de deux "papas" pour Jésus est non seulement une aberration théologique mais aussi une profonde preuve d'incompréhension de ce que peut être Dieu. De plus, en faire un argument théologique de la légitimité du mariage-gay est un contresens étonnant et, pour tout dire, stupide. Il faut bien dire qu'un certain discours clérical est, en grande partie, coupable d'une telle confusion : toutes les homélies sur la "famille" de Dieu, une famille sans femme d'ailleurs, une famille de mecs - je sais bien que Esprit en hébreux est féminin, mais tout de même - préparent la voie à la  mélasse théologico-familiale. Allons plus loin, tout un discours ecclésial et magistériel, discours récent, et un peu vite ficelé, en tout cas dans sa vulgate, sur la famille, alors que l'évangile est plus que critique à ce sujet, prépare la voie aux bons sentiments et aux bonnes intentions. Après il ne faut pas s'étonner que tout le monde veuille faire famille, et même sainte famille.

mardi 19 juin 2012

Lettre à Robert sur le socialisme.

Mon cher Robert,

Ta dernière lettre - ah tes lettres manuscrites, heureuse survivance d'un temps non-écologique ! - me demande, je le sens bien, des comptes. Tu le fais habilement, pudiquement, comme à ton habitude, mais tu me presses. Je te dirai donc, puisque tu désires le savoir, pourquoi je ne suis pas socialiste.

Tout d'abord, il faut que je précise ce que j'entends par "socialiste". En utilisant cet adjectif, je veux parler du courant politique et/ou philosophique que recouvre pratiquement le terme, et aucunement d'autre chose; tout ce qui est "social" n'est pas socialiste et tout le socialisme ne se résout pas dans le "social".
Je veux donc parler du courant politique que recouvre habituellement ce terme. Pour ce qui est de la philosophie, j'ai bien peur qu'elle se résume à peu de chose, et je parlerais plutôt de lignes de force. (Tu auras remarqué, au passage, que j'évite "idéologie" afin de ménager ta susceptibilité.)

Afin d'en venir directement à mes raisons, je dois d'abord te faire part de ma vision de l'homme. Rassure-toi, je ne vais pas être long. Je ne crois pas que l'homme soit naturellement bon, ni d'ailleurs naturellement mauvais. Je pense qu'il est agité d'intentions contradictoires, et mû par un désir toujours mimétique. Le désir mimétique est en lui-même contradictoire, parce qu'il pousse, simultanément, à la ressemblance et à la dissemblance. Ce mouvement contradictoire rend parfaitement "instable" tout désir humain, et,le rend suspect d'une certaine violence, c'est du moins le jugement que je me suis fait.
L'homme donc est plus porté à la lutte pour assouvir ce désir instable et contradictoire, souvent débouchant sur la violence, plutôt qu'à être l'être bon, tolérant, ouvert, compréhensif que tu sembles vouloir qu'il soit.
Dés lors, les sociétés fondées et entretenues par des hommes aussi âpres à faire valoir leurs désirs ne peuvent, elles-non plus, être naturellement ou spontanément bonnes. Et c'est une bien belle utopie, et un rêve éveillé, que de croire qu'un jour, par le jeu politique seulement, par des mesures sociales, par l'idéologie du sympathique, l'on puisse corriger un penchant aussi marqué.
En effet, la politique elle-même se trouve marquée et du désir mimétique, et de sa violence, de son rêve de ressemblance et de son besoin de dissemblance. Elle est, comme tout ce qui vient de nous, sujette à la violence du désir contradictoire, aussi aucun courant politique ne peut être spontanément bon.

Le socialisme politique, mon cher Robert, est d'une certaine manière, pire que tout. - je te vois bondir. Il entretien l'utopie d'une société qui fut, peut et sera, spontanément bonne, ou du moins pourrait l'être avec le concours de l’État perçu comme la quintessence, le gardien, la vigie, la sentinelle, du "social".  Cette utopie l'empêche de voir la réalité telle qu'elle est, et donc lui fait prendre des voies qui semblent être des avenues arborisées mais qui ne sont que des impasses. L'État, pour le socialisme, n'est qu'une espèce de collectif supra collectif, un collectif de la vertu charitable - charité dénaturée de son identité théologale - et le garant de l'utopie.

Les restes laissés du christianisme ont été récupérés par le socialisme : entraide, fraternité, xénophilie,...et aucun parti politique, ne parle davantage de morale - sans la nommée- que lui et, forcément, il est devenu la nouvelle doxa, commune, allant de soi, évidente,  avec ses pontifes, ses dogmes, ses rites, sa propre poétique, son métalangage. Cette religion est commune, au sens où elle est répandue partout, comme jadis le christianisme constituait le fond vertueux de nos sociétés. Aujourd'hui, cette place est tenue par les religions séculières socialistes.
Cette religion est essentiellement bourgeoise, petite-bourgeoise même - rien de péjoratif dans cette appellation, simplement une catégorie sociologique -, elle rassemble en son sein une certaine quantité de gens qui ne profitent guère directement des idées socialistes, mais qui par vertu, soit réelle soit factice, les professent. Les prêtres socialistes ne sont pas touchés par la pauvreté, n'habitent pas les quartiers confrontés à de vrais problèmes humains et sociaux, ne souffrent pas d'une vraie précarité de travail, bref ne connaissent pas la souffrance économique, sociale, humaine des populations qu'ils voudraient aider. Ils sont tout a fait en-dehors, à côté. Beaucoup des disciples du socialisme sont issus des médias, de la culture, et du spectacle et l'on voit se pavaner aux côtés des clercs socialistes, tels acteurs, tels sportifs, que la charité universelle presse de se faire ainsi voir. Ils ne savent pas ce qu'est la souffrance du pauvre véritable, ce que peut être la précarité du travailleur, ils ne savent pas ce que c'est que de vivre avec 800 euros par mois, ne savent pas ce que c'est que de vivre dans des quartiers ravagés par l'incurie, la déculturation, un multiculturalisme aveugle et imbécile, ils ne savent rien de tout cela, et pire, leur utopie ne veut pas le savoir. Ils se drapent tous dans leur belle conscience, dans leur charité de bazar, leur espérance tonitruante, leur foi indécrottable et bornée en  la bonté spontanée de l'homme.

Tu me diras doucement - parce que tu es un homme doux- que je suis sévère, que je ne devrais pas parler comme ça, que je dois penser à ma mère et à mon père, l'un comme l'autre de petites gens. Et bien, je pense à eux précisément, à leur perpétuelle humiliation par un courant qui les utilise comme fond de commerce. Précisément, c'est à cause d'eux que je ne suis pas socialiste, eux qui ont toujours vécu dans l'effort - cela vaudrait une autre lettre- dans la renonciation pratique, non théorisée, à ce qu'ils étaient pour pourvoir être là où ils étaient, où ils avaient choisis d'être, sans que personne ne les y contraignent - ils n'ont jamais été assignés à résidence : ils sont partis par choix, appris une langue par choix, à manger autrement par choix dans les limites, bien sûr, de moyens économiques et, ma foi, ils s'en sont bien sortis. Encore une fois, il n'y avait aucun destin, aucune divinité qui veillait sur leur chemin, aucun fatum, qu'un fado, mais le fado, tu le sais se chante et se chante debout librement. Ah oui, c'est la liberté qui guidait leurs pas et leur plus belle réussite, chez moi, c'est de m'avoir transmis ce goût de la liberté, par delà toutes les idéologies et par delà ce qu'ils croyaient eux-mêmes. Je n'ai été sauvé de rien de ce côté-là, j'ai tout reçu, je suis redevable de tout. L'immigration n'est pas une chance, pas dans mon cas de figure, elle est d'abord un traumatisme, mais toute blessure peut être occasion de renouveau. Je ne peux mettre mon espérance humaine dans un courant qui, aussi visiblement, se joue de la réalité, pour en inventer une autre qu'il appelle, de manière impropre et usurpatrice, "humanisme".

Tout n'est point mauvais dans le socialisme et au risque de paraître me contredire, je dirais même que tout y est bon, de cette bonté dont est bonne le rêve. Mais ce rêve impose sa propre dynamique, ses catégories propres, son caractère impérieux, son évidence onirique. Il oblige à penser comme il pense, à voir comme il voit, et dès lors que l'on est soumis à ce rêve, on est par le fait même, soumis au sommeil duquel il procède. Car, et je l'ai vérifié à plusieurs reprises, il endort la pensée libre, dans son contenu mais aussi dans sa forme. S'il me prenait, par ennui, ou par plaisir, de vouloir rêver autrement et s'il me venait l'idée de faire part de ma vision, elle serait difficilement acceptable, si je l'exprime dans des catégories que le rêve socialiste ne peut assimiler, et ce, quand bien même, nous rêvions toi et moi, dans la même direction.

Un philosophe - de ceux que tu aimes à lire - définissait un jour la différence entre l'homme de gauche et l'homme de droite par le fait que le premier voyait le monde d'abord, tandis que le second se voyait lui, sans que cela, ajoutait le philosophe, soit d'ailleurs une marque d'égoïsme pour celui-ci, ni une de générosité pour celui-là. Je n'aime pas cette distinction droite, gauche et je doute de sa pertinence, soit, peut-être avait-il raison, mais si le monde est vu d'abord, c'est dans les brumes du rêve qu'il est vu. Tu sais que j'ai toujours eu horreur du rêve, non pas que je n'y sois pas porté, je le suis, et sans doute autant que toi, mais je ne sais quel instinct vital m'a toujours fait prendre le rêve en suspicion, à préférer une réalité douloureuse à un doux confort rêvé. Ce que j'ai, je l'ai et je trouve une certaine consolation à palper du réel, ce que je n'ai pas, même si c'est plaisant, je ne l'ai pas.

Fondamentalement, si je ne suis pas socialiste c'est pour cette raison : horreur du rêve. Peut-être ai-je tord ? Peut-être suis-je trop réaliste? Peut-être devrais-je reconsidérer quelques petites choses? Peut-être oui, il faut toujours reconsidérer les choses, et n'avoir d'avis définitif qu'en peu de choses. Ce qui reste de la charité, cette vertu fondamentale, la charité au sens théologal, cette immense et profonde dynamique de l'amour qui donne et ne retient pas, qui me fait l'égal de tous, qui transcende les divisions et les individus, ce qui reste de cette charité, sans laquelle nous ne sommes rien, dans le socialisme, j'y adhère, non pas parce qu'elle est sociale, mais parce qu'elle est l'unique poétique qui vaille. Et poétique ici, tu te doutes, est à prendre au sens littéral et à purger de tout romantisme.

En fait, mon cher Robert, je crois que je déteste autant la politique que le rêve, parce que la politique est toujours un rêve, un rêve qui nous oblige, qui nous exprime, un songe que nous ne rêvons pas mais qui nous rêve lui. La politique est le jeu raisonné de l'absurde et c'est pour cela que tout y est permis.

Tu ne me parlais pas, dans ta lettre, de tes plantations? Le jardin doit être beau à cette saison. Les pivoines, les roses, les digitales... j'aimerais revoir tout cela et manger de tes excellents légumes : les carottes, les asperges et petits oignons sucrés.

Je t'embrasse.

lundi 11 juin 2012

Ou bien ou bien.

Aucune échappatoire possible, aucune autre solution.

Ou bien la vie ne porte rien qu'autre qu'elle-même, ne manifeste rien qu'une succession de faits biologiques, n'est rien d'autre qu'un agencement - subtil peut-être - de fluides;
Ou bien, elle est aussi autre chose, portant simultanément la manifestation d'autre chose. Elle ne se résorbe pas en elle-même, elle n'est pas qu'un fait ou un enchaînement complexe de faits biologiques.

Ou bien la vie, l'existence humaine donc, s'achève par la fin du fonctionnement des organes - et peu importe qu'ils soient nobles ou non, à ce niveau le cerveau vaut l'intestin -, se termine par ce qu'il est convenu d'appeler "la mort", par la cessation du biologique et le début - ce qui est encore du biologique - de la dégradation corporelle, dégradation qui le renvoie à la pure matière, à sa totale dispersion, à sa disparition enfin;
Ou bien l'existence humaine ne s'achève pas dans cet enchaînement, mais elle porte en elle, par-delà le biologique, une autre raison que la raison purement matérielle.

Ou bien l'homme n'est qu'un phénomène physio-biologique - et sa psychologie n'est que l'aboutissement d'une anthèse stérile -, une apparition éphémère, une fulgurance - peut-être spirituelle- qui illumine un temps, et puis s'éteint définitivement laissant derrière elle la plus noire des nuits, pire, aucune nuit possible, puisque la nuit serait encore quelque chose;
Ou bien l'homme, tout éphémère qu'il soit, est aussi une étincelle qui perdure par delà la nuit noire rendant compte ainsi d'une permanence de l'esprit.

Ou bien l'angoisse inhérente à toute vie d'homme - et peut-être animale - n'est rien qu'un épiphénomène sociologique ou psychologique, une crise perdue, qui tourne à vide, ne mène nul part.
Ou bien elle est le symptôme d'un au-delà, que l'on ne nomme pas, tout de suite,  Dieu ou Ciel, ni même âme, ni esprit, mais un "oultre", non pas parallèle mais permanence, une fois encore,  dans une commune apparition de la vie et son  inhabitation. Un index pointé simultanément, inexorable, vers le terme de tout parcours personnel et - probablement - communautaire et vers son "oultre".

Ou bien je suis un malade du sens et tous mes discours sont délires, fantasmes et fantasmagories;
Ou bien c'est le sens qui est malade et je me porte bien.

Ou bien le sexe n'est qu'agitation sur fond de permanence vaine de l'espèce, divertissement suprême;
Ou bien il est le point focal d'un corps qui est figure du spirituel, et donc ouvert sur autre chose qu'une simple permanence branlante de la communauté humaine. 


Ou bien l'amour n'est que confort biodégradable, étincelles cérébrales uniquement, petites distractions histoire de, trompe-ennui, trompe- la -mort inefficaces ou je ne sais quelle autre lâcheté;
Ou bien est cri, appel, urgence.

Ou bien le cri est en vain et l'on retombe dans le premier "ou bien" : confort, étincelles, lâcheté;
Ou bien le cri n'est pas vain, et alors l'amour est la figure de l ' "oultre".

Ou bien la vie est pure et absurde enstase, serpent stupide qui se mord la queue;
Ou bien elle est extase radicale, ab-solue.

Ou la mort est le terme radical et toute morale, toute éthique, sont précaires et d'une formidable relativité;
Ou bien la mort n'est pas un terme radical et un authentique dynamisme moral fondé sur la liberté est possible.

Ou bien, déjà je ne suis pas;
Ou bien, déjà je suis davantage.