jeudi 24 octobre 2013

Le monde qui vient sera violemment bien.

Comment peut-on voir le monde tourner sans s'affoler de ce qu'il tourne ?  Sans prendre peur de sa façon de tourner ? Existe-t-il un autre visage du monde possible ?  Est-il un autre monde qui pourrait advenir ? Ou bien sommes-nous contraints à assister à ce qui advient, acculés à la tournure de ce monde-ci ?

Il y a quelques jours, mangeant des frites, l'oreille baladeuse, j'écoutais, avec intérêt, un jeune garçon raconter à quelqu'un qui était probablement sa mère, un film qu'il venait de voir. Il était question de meurtres en série et de suicide en pagaille pour je ne sais quelle fin du monde. Sa narration s'acheva par un "non mais, c'était bien". 
Voilà donc qu'il faut tenir ensemble le "c'était bien" et la violence des meurtres et des suicides. Je me disais, une frite entre les doigts, comment peut-on tenir ensemble sans trembler, sans toussoter du moins, ces deux choses-là ? Comment peut-on dire de toute cette violence, c'était bien, c'est bien ? 

Quelques heures plus tard, la Providence me met entre la main le petit livre de Michela Marzano, La Mort spectacle, Enquête sur l'horreur-réalité. Le livre est petit mais, bon-sang, il fait froid dans le dos. La philosophe nous expose un compte-rendu de l'horreur, celle de la fiction, et celle de la réalité mise à l'honneur par les islamistes : "Celui qui est couché par terre, les yeux bandé, attendant d'être égorgé, est-il un homme ?  Ses bourreaux sont-ils des hommes ? Et ceux qui regardent ces vidéos avec indifférence ou avec jouissance sont-ils encore des hommes ? " Voilà la question fondamentale que pose la coïncidence du "c'est bien" et de la violence, et en particulier de la violence qui consiste à regarder, à voir,  l'humiliation,  le meurtre, l’exécution d'un autre et éventuellement à en jouir,



Sur notre monde civilisé plane la menace d'une barbarie d'autant plus facile qu'il est civilisé précisément ; il est plus aisé pour une société civilisée de retourner à la barbarie que pour une société barbare de parvenir à la civilisation ; il suffit de suivre une pente. Cette pente est à l'heure actuelle de plus en plus glissante : la mort, sous diverses formes, semble rôder, l'indifférenciation, prélude à toutes violences futures, fait son œuvre. Tout se mélange, tout se brouille, et l'on est incapable de distinguer entre le virtuel et le réel. Les distances s'estompent, l'immédiateté est la chose la plus désirable. Et tout cela, à hue et à dia, non sans invoquer les droits de l'homme, l'égalitarisme, le sans-frontiérisme, l’accueil unilatérale d'autrui, l'anti-racisme, l'amour universel et la philanthropie pour tous. 

Les jeunes d'aujourd'hui qui n'auront connus que cette hubris, doublée d'une indifférence dépressive, pour la plus part ne pourront pas faire face à la violence future. Ils en seront les auteurs et les victimes. Et pourtant tout avait commencé comme un jeu, aux sons de la fête, avec une perpétuelle musique de fond : un étourdissement visant à couvrir la vanité et le vide qui s’étalaient partout. Les coupables auront été les chantres de la civilisation de mort, les fauteurs du maelstrom estampillé "culture" : une bouillie empoisonnée, une soupe putride et noire. Un jour on devra se demander quelles responsabilités porteront la télévision, le cinéma, les jeux vidéos, entre autres, dans la barbarie qui advient. Sous prétexte de liberté d'expression et de droit à l'information, de divertissement, et je ne sais quels autres appels au réel perverti, ces industries gâtent l'âme humaine, et mettent en péril la civilisation.

  

lundi 7 octobre 2013

Deuxième lettre à Robert sur le socialisme.

Cher Robert,

  Depuis ma dernière lettre, nos échanges se sont quelque peu essoufflés. Nous nous sommes quittés, une fois encore, sur des considérations vaguement politiques. Vous avez cru - vous croyez encore, sans doute - que je penche, dangereusement, vers les droites, tandis que je vous crois tout pétri, innocemment, d'idées socialistes. 

  L'occasion me fut déjà donnée de vous exposer, bien maladroitement, ce qui non seulement me gardait éloigné du socialisme mais aussi me le faisait tenir en aversion. Une fois encore, je veux y revenir afin que les raisons qui motivent cette répugnance soient tout à fait claires pour vous.

  D'emblée, je tiens à clarifier un point précis. Je ne confonds pas dans une seule et même chose socialisme et soucis pour les choses sociales. Par "choses sociales", j'entends parler de tout ce qui regarde, de près ou de loin, une plus grande justice entre les personnes, dans les communautés qu'elles constituent, et dans la société toute entière. Ces "choses sociales" ne sont pas l'apanage du socialisme, comme si lui seul aurait, par un mandat spécial, l'exclusivité de ces préoccupations-là ; plus encore, comme si "justice sociale" et "socialisme" étaient deux parfaits synonymes. Je n'en crois rien.
 Vous savez que je suis né dans un milieu que l'on appelait naguère prolétaire. Le terme semble être tombé en désuétude; le monde ouvrier a connu lors de ces dernières décennies une mutation substantielle. Cette transformation jointe à  un embourgeoisement "culturel" - le mot est galvaudé - de la société, a fait apparaître une nouvelle distribution sociale : tout porte à croire qu'il n'existe plus qu'une seule catégorie sociale que l'on pourrait appeler la prolétaro-bourgeoisie où les prolétaires d'hier sont devenus des petits-bourgeois et où les bourgeois en titre se sont prolétarisés. Dans ce vaste mouvement mimétique où les classes, jadis opposées, font chemin les unes vers les autres, le dogme socialiste présente un important ferment d'unité.
 Le milieu duquel je suis originaire me conduirait, naturellement, tant il est vrai que si les croyances religieuses se transmettent de manière préférentielle dans le sein de la famille, il en est de même pour les opinions ( les croyances) politiques, à adopter, moi aussi,  les vues socialistes sur les rapports qui régissent les communautés humaines. Or malgré cet atavisme familial - mais il est vrai que mes parents n'ont jamais été militants d'aucune opinion politique particulière, me laissant ainsi le champ libre à toute adhésion future - j'ai toujours, sans trop bien savoir pourquoi, à dire la vérité, eu une méfiance instinctive pour les doctrines socialistes. Il me semblait, je pense, étrange qu'elles fussent surtout défendues par des individus, ou des groupes, qui n'avaient pour ainsi dire aucune connaissance existentielle des causes qu'ils défendaient. Les élites socialistes, les penseurs du socialisme, ne sont jamais des ouvriers mais de bons bourgeois, tenant évidemment à le rester, on peut le comprendre, mais tenant plus encore à asseoir leur puissance "bourgeoise". Que ces élites soient émues de la misère, ou de l'injustice ou des inégalités sociales, je n'en doute pas, il me semble seulement que cette émotion n'est en fait qu'un masque involontaire, qu'un pli de l'âme, qu'une posture, comme on dit si couramment aujourd'hui.
La vertu théologique de charité impliquait que le sujet aimant tendent à ressembler à l'objet ou au sujet aimé. C'est une des loi de l'amour que de tendre vers la ressemblance. Dans le socialisme, si cela existe ce n'est que par une inversion. Les élites "charitables" ne ressemblent pas, ne veulent pas ressembler à ceux qu'elles proclament défendre. Elles ne vivent pas dans les même lieux, ne fréquentent pas les mêmes personnes, ne s'habillent pas de la même façon, ne mangent pas pareillement, ne s'amusent pas des mêmes amusement, ne copule pas de façon identique. Elles veillent à ce que la distinction subsiste, tant qu'elle peut subsister dans une société où tout tend, quoiqu'il en soit, par des forces autres que celle de la vertu, à s'amalgamer et se confondre. Aussi je puis, sans que cela face sourciller qui que ce soit, être maire d'une ville dite "populaire" et "populeuse", ne pas y vivre, habiter l'un des sites les plus beaux d'une capitale, mener grand train. Je poursuivrais toujours, comme de loin, la justice sociale dont j'ai fait mon cheval de bataille. L'émotion qui m'étreint alors assis dans mon confort de justicier repu, qu'elle est-elle ?
 Cette émotion-là, ce sentiment-là, ne sont pas autre chose que l'expression d'une culpabilité. Oh, d'une très vague et langoureuse culpabilité. La religion du progrès adoptée par le socialisme, et qui est à elle seule tout le socialisme, exige, certainement davantage que le fameux "judéo-christianisme", une culpabilité fondatrice. Cette culpabilité est le donné premier. C'est elle qui meut, elle qui assure, elle qui conduit, qui projette, construit, mais elle aussi qu'on tente vainement d'évacuer. Le "pour tous" si banalement et stupidement socialiste n'est, dans un premier temps,  que le constat coupable que nous n'avons pas réussi à édifier une société juste, que nous sommes, de ce côté-là, déjà toujours en défaut. Ce "pour tous",  si théologique, n'est que l'expression de la rédemption sociale que l'on recherche, l'expression de cette culpabilité de laquelle il faut se laver.

 Le socialisme, progressisme élitiste et qui tient à le rester, n'est qu'une sotériologie laïque qui fonde tout sa dynamique sur la culpabilité. Cette doxa s'étend à tout et à tous, car, comme je le disais plus haut, le socialisme est un ferment d'unité, comme jadis le fut le christianisme. Tout le monde est peu ou prou socialiste. Il n'est qu'à voir comment l'on vous reçoit si publiquement, naïvement, vous déclarez que vous n'avez rien à faire avec ces croyances, ces dogmes et ces certitudes. Ne pas être socialiste, c'est être livré à l’ostracisme, c'est devenir suspect, c'est, pour le dire en termes religieux, devenir hérétique. Le  monde à bougé, les sociétés se sont  émancipées, mais le traitement des hérétiques est toujours le même : rejetés dans les ténèbres extérieures.

 Vous pouvez bien dire que vous êtes de droite, on pensera, et avec raison, que vous êtes encore sous l'influence socialiste, tant il est vrai que le socialisme ne se réduit pas aux groupes politiques qu'il inspire directement. Mais déclarez, positivement, que vous n'êtes pas socialiste, et insistant sur la négation, et que vous mettez dans ce "pas" une partie de votre philosophie politique,  votre interlocuteur, vous regardera avec les yeux de l'effarement, du dégoût presque, se demandant sans doute "comment est-il possible de ne pas être socialiste?" Comment est-il possible que vous ne preniez pas part à la bonté universelle, que vous vous refusiez à participer, vous aussi, à la justification du monde ? Comment donc ne pas s'enthousiasmer à ce festin universel des futurs meilleurs et donner sa foi à cet évangile-là ?
Parce que, soyez-en sûr, le socialisme a empli le monde d'une espérance sans pareille. Cette espérance est jeune - un peu plus d'un siècle - mais elle enivre. Le monde entier, répudiant les anciens dieux, se voue donc aux dieux de cette nouvelle religion. Ces dieux-là, je vous l'assure, sont terribles, bien plus terribles que ceux que l'on a congédiés. Ceux-ci, personnels, opposaient un rempart au mimétisme, autre nom de l'idolâtrie; ceux-là, sans personnalité propre, excitent le mimétisme ; l'excitent dans le sens du Bien - c'est ce que l'on veut croire - mais en vérité, l'encourage dans le sens de l'idolâtrie : de l'état, du groupe, du lien social, de l'autre en tant qu'autre, des principes absolus, et pour le dire aussi, de la misère, car que serait un socialisme s'il n'avait à adorer aussi la misère humaine ?

  Je parlais plus haut de charité, et j'ai ensuite parlé d'espérance, non sans avoir évoqué la foi. Vous reconnaitrez sans peine les antiques vertus théologales. Vous voudriez me faire croire que le socialisme, cet unique mouvement établi sur la justice universelle, ne serait pas un christianisme inversé ? Vous voudriez me faire admettre qu'il n'entretient strictement aucun lien avec ce qui faisait le génie chrétien ? Vous voudriez me faire penser, enfin, que le socialisme serait une génération pure, né de je ne sais quelle prise de conscience soudaine au bénéfice d'événements historiques qui auraient favorisé son avènement ? Mais enfin, la matrice chrétienne dans laquelle nous avons baigné, tant nous les individus que nous les collectivités humaines, les principes chrétiens qui nous informaient, du dehors et du dedans, tout cela aurait été en vain ? Tout cela compterait pour rien ? Tout cela n'aurait été qu'une parenthèse superstitieuse ?
Mais que dire de l'immense charité chrétienne qui n'a pas attendu le socialisme et ses trémolos pour s'activer et dispenser universellement, sans faire état des personnes, son réel amour, un amour fondé, non pas sur la culpabilité, mais sur la certitude que l'amour déjà nous précédait ? Que dire, je vous le demande, de l'espérance chrétienne, qui n'a pas attendu les lendemains chantant pour se tendre toute entière vers une fin bienheureuse, une fin qui n'était autre que le règne absolu et personnel de l'amour ? Que dire, enfin, de la foi chrétienne qui n'a pas attendu les certitudes progressistes pour croire et en l'homme et en plus que lui, pour dépasser toute les idolâtries possibles, pour proposer une adhésion que seul l'amour rendait digne de foi ?
Je vous parle beaucoup d'amour, le socialisme n'en parle pas tant. Il s'en moque éperdument et si, parfois, le mot lui vient aux lèvres, c'est pour nous parler d'autre chose. L'amour n'appartient pas au lexique socialiste, il l'a soigneusement retiré de son vocabulaire. L'amour socialiste est domestique, tout au plus, et il s'arrête au pas de votre porte, dans le meilleur des cas. Ce qui vient ensuite c'est la justice sociale, l'égalité, le "pour tous", l'universelle bonasserie.

Ce "pour tous", il faut y venir encore. Voilà bien la devise progressiste : "pour tous !". Ce cri de guerre pour qu'il se fasse entendre, suppose l'existence a priori de droits réservés. Le "pour tous" réclame que les droits réservés soient l'apanage de tous, qu'il n'existe plus de situations particulières justifiant des droits particuliers. Aussi, le fondement du "pour tous" est l'envie, et parfois la jalousie. Le "pour tous" socialiste déconnecté de ce qui pourrait le rendre légitime devient la devise de tous les égotismes possibles, le slogan des pires narcissismes. On pourrait dire que ce "pour tous" n'est qu'une version déguisée du "pour moi'. Mais comme le socialisme nous inculque qu'il n'est pas bien de se battre pour soi seul, on préférera "pour tous" au "pour moi".
Pardonnez-moi si dans ce "pour tous", je vois encore quelque chose de chrétien. Le Christ offre sa vie "pour la multitude". Ce "pro multis" l'Eglise, à la différence des courants hétérodoxes, l'a toujours interprété comme étant un "pour tous" et non un "pour beaucoup". Le Christ, donc, offre sa vie pour tous, pour le salut de tous. Ce qui est remarquable ici, c'est le lien entre un seul et "la multitude". Le christianisme - qu'il soit vrai ou non, là n'est pas la question - établi un lien entre "un seul" et "pour tous" : un seul donne sa vie pour tous, le "pour tous" dépend donc du don d'un seul. Le salut des tous dépend donc de l'exemplarité d'un seul. Un seul se sacrifie pour que tous soient sauvés. Aussi le lien social que l'Eglise établissait, et elle le faisait en raison même de ce qu'elle pensait être sa révélation, est paradoxal : l'exemplarité d'un seul le fondait et en même temps ce "un seul" était dépassé par le nécessaire salut de tous. Dés lors, le chrétien était celui qui suivait cet exemple de don : je me donne pour tous ou à tous. La communauté donc prenait naissance dans le don des individualités.
La communauté inaugurée par le socialisme ne fonctionne pas. Pour elle, le don n'est même pas envisagé. On part du principe que quelque chose qui appartient à l'autre, m'échappe : il faut donc soit le lui prendre, soit qu'il soit partagé. Le rapport entre " un seul" et "pour tous" est gommé, puisque il n'y a plus, à vrai dire, de "un seul", le "moi" que je pourrais donner et, disons-le, sacrifier n'existe plus que comme revendicateur de ce qu'à l'autre, de ce qu'est l'autre. Aussi le "pour tous" n'est que le jeu de miroir à l'infini ou "un seul" regarde un autre "un seul", l'envie, le jalouse aujourd'hui, le tuera, peut-être, demain.

Je termine. Le socialisme n'existe pas seulement comme parti ou somme doctrinale. Il s'est répandu comme l'huile d'un flacon renversé. Je le disais : nous sommes tous socialistes. La droite elle-même a versé dans le psychodrame sentimental du socialisme. La droite - une certaine droite du moins - est le contrefort du socialisme. Il est parfaitement impossible que nous ne soyons pas atteints par le progressisme.
Vous voyez donc, cher Robert, que je ne suis pas si éloigné de vous. Même ne partageant pas votre enthousiasme, ou votre dépit - je n'ai jamais bien su - je vous suis proche. Mon âme, que voulez-vous !, s'est imbibée d'idées socialistes. Je tente de les débusquer, de les soumettre à une question toute personnelle, et si elles tiennent, je les fait volontiers miennes, mais la plus part abjurent.

Croyez, bien cher Robert, à mon amitié fidèle. 







mercredi 28 août 2013

Le monde est un anus.

Parfois, au hasard, on tombe sur de fameuses merdes. Cette fois j'en tiens une consistante.

http://next.liberation.fr/sexe/2013/08/28/chaque-homme-devrait-se-faire-penetrer-au-moins-une-fois-dans-sa-vie_927641

Pas étonnant, il s'agit du grandiose et bien-sous-tous-rapports Libération, à qui la merde ne fait pas peur, c'est même son fond de commerce : l'ordure grasse, consistante, formidable. Vous en reprendrez bien une louche ?

Dans l'entretien, que l'on vise, on veut pourfendre les stéréotypes mais on accumule les lieux communs du cul. Le monde semble pour les animateurs de ce fessetival un énorme trou du cul qu'il faut, sous peine de passer pour un pauvre ringard, évidemment perforé.
Une carrière de poinçonneur des Lillas s'offre à vous.

Si vous avez le cul en feu, n'hésitez pas Xplore vous ouvre ses portes. Si vous tremblez d'être un peu constipé, genre vierge effarouchée, Xplore vous propose des ateliers de mise en fion.
Bref, rater cet événement culturel serait dommage. 

La vache sacrée se flagelle.

Il faut faire gaffe l'islamophobie rampante progresse à vue d’œil. Elle progresse tellement cette phobie écœurante qu'elle en arrive même à masquer la progression, pas rampante du tout, de l'islamisme et des revendications communautaristes toujours plus grandes.

En réalité, on ne sait que choisir : doit-on se défendre de l'islamophobie, crime de lèse-humanité dans sa diversité culturo-religieuse, ou doit-on se prémunir de l'islamisme. Ce qui ne fait pas de doute, c'est que la première existe bien, on nous le martèle sans cesse et la France, dans le domaine phobique, est, on le sait aussi, le territoire de la profusion. En ce qui concerne le second, on peut avoir des doutes sur son existence ; puisque cela aussi on nous le répète. L'islamisme serait une licorne, l'islamophobie une réalité que l'on croise tous les jours au coin de la rue.

La Vache qui rit en est une des dernières preuves. Ses fameux cubes étaient des pièces de construction d'un mur de la haine. Ils contenaient des messages même pas subliminaux où le fana d'apéro au fromage sans goût pouvait, tandis qu'il buvait et grignotait, alimenter son islamophobie ordinaire.

http://www.glamourparis.com/snacking-du-web/articles/la-vache-qui-rit-presente-ses-excuses-apres-avoir-ete-accusee-d-islamophobie-270813/20264#.Uh2Bum1O8X0.facebook





La police des phobies veille heureusement : la Vache fît amende honorable, mis genoux à terre et s'humilia pour cet odieux comportement. Le voile un problème ? Aucun, tout va bien. La devinette est désormais "totalement inappropriée, et ne reflète en aucun cas la position de Bel et de la marque Apéricube, dont les valeurs font du respect des croyances, de la culture et des convictions de chacun un principe fondamental." Donc conclusion : les lois de la république, que l'on invoque avec colère et passion dans les cas où les Maires ne veulent pas en entendre parler, sont dans le cas d'espèce du voile une atteinte au respect des croyances. C'est bien ce que certains pensent d'ailleurs. Invoquer le principe religieux ici est interdit, l'invoquer là tout à fait valable. Invoquer le principe du respect des croyances quand il s'agit de christianisme intolérable, tandis que quand il s'agit de l'islam tout à fait recevable. C'est que la communauté islamique est une communauté persécutée, sujette à la stigmatisation permanente, à l'amalgame, à l'ostracisme, elle mérite des attentions particulières, et un grand effort commun des sauvages racistes et phobes que nous sommes. Nous sommes appelés à mettre en branle les valeurs de tolérance, de respect, d'accueil immodéré de l'autre. Il semblerait d'ailleurs que nous sommes les seuls à nous rappeler que ces valeurs existent. 
Pire nous sommes tenus de faire la fille de joie - tant pis si elle fait la gueule -c'est l'injonction tacite qui courent depuis une décennie et qui ne semble pas vouloir mourir. 

En excusant pour ce fait anodin et qui ne retranscrit que le réel, Apéricube se montre pleutre, lâche : image navrante de ce que nous devons.  

jeudi 1 août 2013

Un petit jeûne pour la route.

L'inculture religieuse est sans doute l'une des plus grandes. L'opinion estime, en effet, que si la religion est d'ordre strictement privé, relevant de l'intime, elle ne saurait aucunement être partagée ne fut ce qu'au titre de réalité qui touche à l'humain, à l'instar de l'anthropologie, de l'ethnologie ou je ne sais quelle autre science de l'homme. Puisque la religion, les religions, touchent, il lui semble, à la "pure" croyance, à la fable, à l'imagination délirante ou consolante, ne pas s'y intéresser, mais au contraire l'ignorer, serait l'attitude la plus saine, en tous cas celle qui signalerait le plus évidemment l'homme émancipé.
Très bien. Mais dés lors que cette attitude imbécile devient la norme à imiter, et les médias - toujours approximatifs à ce sujet - montrant la voie royale, il se trouve des pans entiers de l'humain qui deviennent parfaitement incompréhensibles. Ignorer le religieux comme l'une des composantes majeures de l'humanité, c'est risquer de ne rien entendre à l'humanité, justement.

Les ramadans se suivent et ne se ressemblent pas. Chaque année, il semble que le ramdam que l'on fait autour du jeûne musulman prend une ampleur nouvelle. Les pouvoirs publics, pourtant tenus à une réserve toute laïque et à un traitement égalitaire, multiplient, politiquement, les ruptures de jeûne, comme si la communauté des fidèles musulmans était devenue la seule existante. On ne voit pas trop les raisons de cette présence continue des pouvoirs publics dans ce domaine, alors qu'on ne cesse de marteler que la République est laïque, si ce n'est de faire entendre et de faire voir que la République désire vivre en bonne intelligence avec une communauté croyante de plus en plus nombreuse, de plus en plus visible, de plus en plus revendicatrice. Comme il vaut mieux prévenir que guérir, et bien que l'on se foute de l'islam comme d'une guigne, on va rompre le jeûne avec ceux qui le rompent. Chemin faisant, l'idée s'insinue dans l'opinion que le ramadan devient une affaire publique, une affaire d'état, et que, d'une manière ou d'une autre, toute la société vit, par procuration, voire réellement (ce fut mon cas dans le contexte professionnel) au rythme du jeûne mahométan.




Évidemment, il n'en est pas de même avec le carême. Celui-ci à mauvaise presse, et souvent auprès des catholiques eux-mêmes. Le carême est synonyme de pénitence, de poisson à tous les repas, de mines tristes et de faces renfrognées. Le carême, c'est pas "cool". Et ce pas "cool" est encore ancrée dans ce qu'il faut bien appeler inconscient collectif. Comment ce souvenir des macérations anciennes persiste-t-il collectivement ? D'abord parce qu'il existe encore une communauté de fidèles pour qui ce n'est pas un souvenir, mais un présent réel. Tant que l’Église existera, il existera un temps dans l'année qui précède Pâques et qui s'appelle le "carême". Ensuite, parce qu'il existe encore des membres des générations qui ont connu une pratique quadragésimale plus structurante que celle qui est la nôtre aujourd'hui. Enfin, par une transmission d'une culture dans laquelle le carême signifiait quelque chose à un niveau communautaire et  faisait partie de la structuration du temps partagé par tous.

Le carême, à la différence du ramadan, est d'institution ecclésiastique, autrement dit, il n'est pas d'institution divine. Si le ramadan correspond à une volonté divine pour la communauté qui suit Mahomet de jeûner un mois par an, le carême fut, à l'origine, instauré par l’Église, autrement dit, il émane de la communauté croyante, et d'aucune autre instance supérieure et encore moins transcendante. Puisque le carême est mis en place par la communauté croyante elle-même, sa discipline peut varier au cours des âges et, de fait elle a varié : les jours de jeûnes furent plus austères et plus nombreux, la façon de jeûner ne fut pas toujours la même.

Le jeûne musulman commence avec le lever du soleil  - il faut pouvoir distinguer un fil blanc d'un fil noir - et se termine quand celui-ci se couche. Si c'est la lune qui indique le début du mois de ramadan, c'est le soleil qui ensuite rythme la discipline du jeûne. Cette symbolique lunaire et solaire se retrouve aussi dans le carême. En effet, c'est la lune qui donne la date de Pâques et partant le début du carême, et c'est le Soleil  véritable qui sera, au terme du carême, manifesté : la vie de Dieu ( la discipline très ancienne du carême tenait, elle aussi, compte du rythme solaire pour les débuts et les fins du jeûne quotidien, mais une volonté de ne pas rester lié à des éléments naturels, en une matière spirituelle, à fait abandonner ce lien.) La dynamique chrétienne est de spiritualiser tout et de rompre avec une lecture trop naturaliste des choses. La spiritualisation ne correspond pas du tout à une volonté de relativiser, mais trouve sa source dans la foi telle que le christianisme l'envisage. Si l'homme peut, et doit, partager la vie-même de Dieu, dés lors ce qui compte c'est l'Esprit plus que la lettre, le fond plus que les formes. Les aspects formels ne sont là que pour aider à vivre en Esprit, et donc, au terme, à vivre de la vie-même de Dieu.
Pour l'islam, il n'en va pas de la même manière. Le fidèle ne peut vivre de la vie de Dieu, celui-ci ne partageant rien de lui avec personne. Il est absolument et définitivement le tout-autre, le parfaitement étranger et il ne saurait, le voudrait-il, rien communiquer de ce qui est lui. Dés lors, si une vie spirituelle existe en islam, il faudra aller la chercher dans des courants hérétiques, dans les marges, tandis que la grande masse des croyants suivra la voie formelle. Cependant, le jeûne musulman fait partie du combat spirituel. Mais qu'est-ce que le combat spirituel en islam ? C'est avancer dans la voie de Dieu : lutter contre ses passions, faire progresser l'islam en soi et à l'extérieur. Il ne sera jamais question de s'approcher de Dieu, parce que cette voie là est barrée en islam eut égard à la nature de Dieu telle qu'elle est définie dans cette religion. 
Le combat spirituel existe bien dans le christianisme, il comporte deux faces. Une première plus ascétique que l'on peut résumer par une lutte contre les passions égoïstes. Une deuxième plus mystique que l'on résumera comme la préparation à l'union de la volonté à la volonté de Dieu, et comme l'union effective transformante. L'islam orthodoxe, comme une bonne religion naturelle qu'il est, ne connaît que l'aspect ascétique. Si l'on veut chercher une mystique de l'union, ou en tout cas les prémices, il faut, une fois encore, chercher dans les courants hérétiques de l'islam. Autrement dit tout ce qui, dans la sphère islamique, tend à l'union d'amour est hérétique, alors que dans la sphère chrétienne c'est parfaitement orthodoxe. Du coup, et logiquement, le musulman estime que le chrétien est un "infidèle" hérétique qui non seulement professe l'idolâtrie ( il adore trois dieux !) mais prétend s'unir à Dieu dans l'amour ! Le chrétien considérera le musulman comme un croyant quelque peu formaliste professant une religion qui, dans les grandes lignes, est naturelle et ne réclame aucune révélation spécifique : un Dieu créateur et juste rémunérateur auquel il faut se soumettre, un point c'est tout.
Si, en dehors de l'islam, on ne saurait tenir le jeûne du ramadan pour divin, il se trouve qu'il est bien estimé tel par les musulmans. Le jeûne (saoum) est même un des piliers de l'islam. A ce titre, il a non seulement une valeur méritoire, mais crée la communauté. Par analogie avec  l'Eucharistie des chrétiens, le jeûne du ramadan soude la communauté, mais plus encore la fait advenir. Le fait que le précepte de l'observance du ramadan soit tenu comme d'origine divine, permet ensuite d'affirmer la même origine divine pour la communauté croyante. Il s'agit là d'un des traits majeurs de l'islam qui ramène toujours tout ce qu'il est, tout ce qui le compose à une origine divine, celle-ci étant affirmée ex-cathedra.

Toutes les religions connaissent, dans des conditions différentes, le jeûne. La société séculière le connait aussi que ce soit pour des raisons de conformisme social ( régimes drastiques) pour des raisons de santé et pour des raisons philosophiques. Le jeûne est donc avant tout un phénomène humain auquel on donne un sens disons, pour être large, culturel. 
Le christianisme reconnait, comme l'islam, la valeur religieuse du jeûne, cependant l'un et l'autre ne lui donnent pas le même sens. Pour le premier c'est essentiellement un événement spirituel qui, à l'heure actuelle, est laissé à l'appréciation de chacun, pour le second, il s'agit d'un événement rituel commémoratif et communautaire respectant des formes méritoires strictes. 
C'est désormais cette idée qui prévaut dans l'opinion en matière de jeûne, c'est la prévalence du formel sur le spirituel, du communautaire sur le personnel, du rite sur le sens, du signifiant sur le signifié, finalement c'est le retour de la religion formelle, affirmée de manière péremptoire. Intellectuellement, c'est faire fi de la longue et laborieuse tradition philosophique et théologique qui nous permettait à la fois, de distinguer ce qui revenait à Dieu et ce qui revenait, justement, à l'homme, et d'affirmer qu'il était possible pour ce dernier de rencontrer la vie du Premier : distinguer pour unir. Le génie du christianisme était, en partie, cela.

mercredi 19 juin 2013

Rhizomes genrés : propos sur une théorie qui n'existe pas. Deuxième partie.

La dispute entre "nature" et "culture", qu'exploite à frais nouveaux la théorie du genre, se cristallise autour des présupposés philosophiques idéalistes.
Il est difficile d'admettre, et le faire serait réducteur, qu'une théorie toute entière repose uniquement sur une pathologie individuelle. Si la pathologie individuelle, ou plus simplement une problématique strictement personnelle, peut s'épanouir en théorie universelle,  c'est en raison de son ancrage à des prémisses philosophiques. Si donc une pathologie individuelle prend une part à la construction d'une théorie, c'est que le système de représentations - puisque la théorie du genre n'est que cela : une représentation - induit par la pathologie se coulent dans les cadres conceptuels philosophiques de représentations justement (Schopenhauer, entre autres, fait son fond de commerce avec la "représentation" ou la "présentation").  En l'occurrence,  la théorie représentative du genre repose sur une vision idéaliste ; elle nie le réel le plus directement observable pour fonder son "orthopraxie" sur des vues de l'esprit souvent postulées a priori.
L'idéalisme est largement diffusé dans l'opinion qui, la plus part du temps, n'en a ni vent ni cure ; pour le dire trivialement la théorie du genre fait son beurre grâce aux idéalismes dont la société occidentale est farcie. 
L'idéalisme est un relativisme en béton armé. Ce qu'il nie, il le fait : il nie l'objectivité, l'essence, qu'une quelconque vérité puisse résider dans l'objet perçu, dans la chose en soi, mais il construit une nouvelle objectivité, pour ainsi dire, une vérité vraie non objectale et résidant toute entière sur le sujet percevant. L'idéalisme possède,  par sa haine déclarée, ou secrète, du réel, les germes du totalitarisme : s'affranchissant du réel, de l'observation de ce qui apparaît de fait, déniant au réel une quelconque fonction normative, il crée des catégories forcées,  relatives et cependant féroces, et fait tout entrer dans celles-ci, quittent à en créer d'autres afin d'élaborer une nouvelle représentation, un nouveau paradigme, si l'esprit lui en dit. Le malheur est qu'il y a autant de représentations pouvant avoir force de loi que de sujets, et que, sans base commune objectales, il est difficile de se rendre compte de la bonté ou de la justesse des représentations proposées. Le réel congédié cède la place à l' idéal arbitraire et à la force subjective.
Critiquant la nature d'une part, et les cadres sociaux, réputés fondés sur elle, d'autre part, la théorie du genre ramène tout, idéalement, à la spontanéité du sujet. Cette spontanéité, déjà signalée, apparaît dans un système culturel dont elle subira soit la contrainte, soit l'encouragement. Aussi la théorie du genre propose un nouveau système de représentations, de nouveaux cadres culturels supposés non contraignants. Assurément, cette nouvelle représentation devrait elle aussi être frappée par la même critique, mais, pour les tenants du genre, elle y échappe en cela même qu'elle n'est pas fondée en nature. La représentation du monde fondée sur le genre n'est pas critiquable parce que précisément elle n'est pas fondée sur l'observation de la nature, observation de la nature qui est seule soumise à critique : une nouvelle fois nous sommes face à une pétition de principe, puisque la théorie prétend que la représentation non fondée sur le réel n'est pas critiquable et que seul le réel l'est. Les études sur le genre sont imprégnée du même a priori : aucune représentation idéale n'est critiquable dés lors qu'elle est issue d'une critique du réel. Aussi il devient possible de choisir, dans une espèce de saut métaphysique, un sexe, un genre et je ne sais quoi, une espèce pourquoi pas, une couleur de peau ou en tout cas les comportements sociaux liés à la couleur de peau, rien ni personne ne saurait m'opposer une loi, une norme, pas même la nature, elle qui m’inflige le stigmate d'un sexe, d'une couleur du derme, par exemple. Tout est dans le sujet et hors de lui rien n'existe. Lui seul sait, sent, veut. La société n'est qu'une somme de sujets voulant et désirant, absolus, dans l'espace et le temps, interconnectés par les liens d' intérêts. Je ne suis le semblable de personne,  je suis seul à avoir raison contre tous, contre tous, puisque tout le monde devient potentiellement un empêcheur de tourner en rond, l'élément qui va troubler ma spontanéité. La communion - notion théologique - ou même la communauté est un leurre, le "social" que fonde l'idéalisme n'est qu'une notion catégorielle, un groupement d'intérêts - sans raisons supérieures - l'unique chose à laquelle tout le monde communie dans cet orgueil de solitaires est l'hybris. 
La confusion est totale. Ici on nie la nature et on la trouve abjecte, là on l'exalte allant même à réduire l'homme à n'être qu'un animal parmi d'autre, une espèce parmi les espèces. La vérité est que l'homme est ancré dans la nature,  qu'il est de sa nature, justement, de sa nature spirituelle, de transcender la nature. De la transcender pas simplement en la niant, mais en l'assumant, en l'élevant. L'homme est cet animal qui dans la nature donne à la nature une raison supplémentaire. Il est l'animal qui dans la nature, explique la nature, l'interprète au sens où un musicien interprète un morceau. Il est cet animal social et interdividuel (sic) 
par qui la nature passe et repasse sans jamais s'y enfermer. Il n'est pas dans la nature de l'homme d'en rester à la nature brute, comme il n'est pas dans sa nature de la quitter entièrement : le ferait-il, elle le rattraperait tôt ou tard. 




La théorie du genre existe bel et bien : polymorphe et rhizomateuse. Elle conditionne des attitudes "réformatrices", des programmes et des dispositifs qui dépassent de loin le pur cadre de sages et tranquilles études. Celles-ci ne sont que le paravent et le vivier de la théorie, son magasin, et son laissez-passer. La théorie entretient, contrairement à ce qu'elle prétend, une confusion et, à rebours, là aussi de ce qu'elle dit vouloir faire ( à savoir réduire les inégalités entre les sexes, inégalités étendues aux pratiques sexuelles ) fini par effacer non seulement les différences structurantes mais aussi le différentiel lui-même. Tout se vaut donc aux yeux de cette théorie, tout, on l'aura compris, sauf ce qui passe pour une norme fondée en nature. Aussi, il n'est pas étonnant de voir de ses adeptes défendre toutes les formes de sexuation, parfois avec une complexité toute byzantine, toutes les formes de sexualité : fétichisme, sado-masochisme, zoophilie, pédophilie, tout pouvant être le terme d'un choix justifié a posteriori par des arguments spécieux reposants sur une vision du réel très idéaliste. 

L'effacement des différences structurantes est une occasion de violence et d'une violence plus grande que celle que ces différences sont supposées produire. L'effacement de ses différences conduisent, parfois au nom de l'égalité, à un état de confusion généralisé, à la production de ce que Girard appelle les "doubles monstrueux", dans une ressemblance dominée par la rivalité mimétique. L’indifférenciation et l'état de confusion conséquent, sont le creuset de violences futures dont l'une des fonctions sera précisément le rétablissement de structures différenciée. La violence est souvent différante.
L'idéal démocratique universel appliqué non seulement au politique mais aussi à d'autres secteurs de la vie publique, de sorte que l'on puisse désormais dire que tout est politique, cet idéal développé tout au long du XXe siècle a engendré une véritable manie égalitariste. Celle-ci tend par la force des choses, par les nivellements des désirs, l'universalisme des modèles et, simultanément, leur restriction numérique, vers l'indifférenciation. La démocratie, paradoxalement, à force, est devenue la tyrannie de la confusion, le laboratoire de l'indistinct, le boudoir du chaos. Aussi, il n'est pas étonnant que l'on ai vu apparaître des attitudes et des théories qui soit dans leur genèse soit dans leurs développements tendent vers l'effacement des frontières, des limites, de la différence, du différencié et promeuvent une forme plus ou moins radicale d'indistinction au nom de l'égalité. La théorie du genre est de celles-là. Au bout de sa chaîne logique, se trouve la résorption de la différence naturelle des sexes estimant que celle-ci est insignifiante. La théorie du genre promeut l' interchangeabilité des rôles sexuels mais aussi des sexes biologiques eux-même qui ne sont plus rien qu'une trace laissée-là par on ne sait quel coquin de sort.
La récente adoption du mariage euphémiquement dit "pour tous" - appellation bonassière  symptomatique - contribue à l'entretien d'une confusion puisque désormais l'équation logique est celle-ci  : si homme + femme, égal homme + homme ou femme+femme, donc homme = femme et l'un vaut pour l'autre. C'est cette simple et crypto-logique qui est appliquée ensuite à la procréation et à la filiation. Gommant la nature, que l'on ne saurait voir, un enfant est désormais réputé conçu et né de deux hommes ou de deux femmes. L'enfant est donc "réellement" désormais le fils ou la fille d'une dyade dont la sexuation ne représente plus rien, est sans importance et insignifiante dans son lien à la procréation biologique. On ne voit pas dans ce cas, ce qui empêcherait un jour qu'un petit d'homme puisse être réputé né d'une louve et d'un homme, par exemple. Pour ce qui concerne le mariage-pour-tous, l'argument égalitariste démocratique n'a cessé d'accompagner la confusion du débat. Or cet argument occultait volontairement que l'égalité, pour qu'il s'agisse réellement d'égalité, doit tenir compte des différences premières et fondamentales. On ne peut revendiquer l'égalité que pour des situations comparables, or dans le cas du mariage pour tous, les situations ne sont pas exactement comparables.
Les raisonnements issus de la théorie du genre, ou connectés à elle, accumulent volontairement des occultations de la même espèce. Une mythologie violente prend ainsi la place de ce qui constituait naguère une anthropologie "naturelle". 
Si la culture est toujours le résultat d'une violence première, elle l'est pour mettre en forme, canaliser la violence, et elle le fait en mettant en place des cadres différenciés ; la violence est alors "différante". Détruire ces cadres, c'est partir à rebours, revenir au chaos qui prélude à la contagion violente. La théorie du genre participe à cet esprit du saumon culturel, remonte le courant des normes, fait fi des différences et réinstaure l'indistinct. Avec la théorie du genre, c'est la fête perpétuelle, le carnaval, cet événement où les codes, les genres, les sexes, les rôles, les hiérarchies, l'ordre, les convenances, sont inversés, où disparaissent toutes formes de différences, ou de distances, pour laisser la place au jeu des masques, à l'indifférenciation, aux orgies, aux bacchanales. Le carnaval se termine par un meurtre : l'holocauste de Monsieur Carnaval, les bacchanales par un lynchage rituel. La théorie du genre, destructrice de l'intériorité, porte en elle, le lynchage futur et la victime émissaire. 
Si le mécanisme émissaire était, à l'origine, générateur de symbolicité, il faut bien avoir à l'esprit qu'avec la théorie du genre et ses prolongements rhizomiques, nous sommes dans une inversion du mécanisme émissaire. Autrement dit, nous assistons pour le moment à la destruction du symbolique, avant de passer, inévitablement  par une crise violente qui, au frais d'une nouvelle victime, ou de nouvelles victimes - elles  sont prochaines, et les enfants sont en première ligne - créera à nouveau du symbolique. En attendant, l'humain souffre dans ses existences individuelles et personnelles, dans ses plus faibles représentants. Il souffre inutilement. 
 

Rhyzomes genrés : propos sur une théorie qui n'existe pas. Première partie.

Il n'y a pas de théorie du genre. C'est du moins, depuis peu de temps, ce que les esprits très en phase avec les problématiques soulevées par le "gender", ou le "genre", ne cessent de proclamer. Il n'y a pas de théorie du genre, il n'y aurait que les "études sur le genre" - "gender studies" en anglais. Le message se veut clair : aucune idéologie théorique, que des hypothèses de travail scientifique qui concernent au premier chef, l'Université et tout ce que l'on peut compter de Hautes Ecoles. Ne cherchez pas, vous ne trouverez pas de théorie sur le genre, vous ne trouverez que des écrits, incompréhensibles, avec force notes en bas de pages ; autrement rien de rien, rien qui puisse troubler la fameuse ménagère de moins de cinquante ans - que devient-elle celle-là ?

Partant ainsi avec ce propos -"il n'y a pas", "il n'y a que" - nous pouvons dire que nous sommes mal engagés dans la problématique générale sur le genre. Il s'agit là d'une véritable pétition de principe : on nie l'existence d'une théorie alors qu'il s'agirait précisément de nous prouver qu'elle n'existe pas. Car - la logique est simple - s'il y a des études sur le genre, autrement dit si des hypothèses "scientifiques" sont élaborées - et personne ne  nie qu'ils s'en trouvent - c'est donc bien qu'il existe une théorie - au moins inchoative - qui sous-tend les hypothèses de travail. Sans cette théorie, si embryonnaire soit telle, il n'y aurait pas d'études, pas de problématique, aucune attention portée au "genre" ( ce "genre" est équivoque et a l'équivocité entretenue. En français, nous savons tous que la grammaire lie le genre et le sexe. Ainsi le mâle est du genre masculin et la femelle du genre féminin. En posant le "genre" du côté du rôle social, la théorie opère une coupure du lien genre/sexe, elle rompt le rapport de constat visuel et de rôle social.) Car qu'est-ce qu'une théorie ? Il s'agit avant toute chose d'un  ensemble de notions, d'idées, de concepts abstraits appliqués à un domaine particulier. Or, force est de constater, que le "genre" possède bien un ensemble de notions connexes, d'idées apparentées, et utilise des concepts abstraits. Et que sont des études ? Quelles soient conduites sur le genre ou sur les pois ? Ce sont un ensemble hypothèses, de modèles, de notions, d'outils conceptuels ; toutes choses qui contribuent à l'élaboration d'une théorie. Il y a donc bien une théorie du genre et sans elle il n'y aurait tout simplement pas d'études. Ceux qui disent qu'elle n'existe pas, sont soit dans le déni, soit dans l'illusion ou dans  le mensonge. Pourquoi en seraient-ils là? Parce que ça les arrangent tout simplement. Cela irait dans le sens de la confusion fondamentale qui règne dans cette affaire du "genre". Et la confusion ici profite aux théoriciens radicaux de ces idées.  Un des visages de la théorie du genre est d'être, précisément, l'éminence grise des toutes les études sur le genre. Elle est le fil conducteur de plusieurs recherches et de plusieurs thèses. Un des autres visages de la même théorie est d'être la vulgarisation en vue d'une application pratique de ce que les études sont censées mettre en lumière. Il s'agit, pour cette théorie, d'être désormais le Janus de tout ce qui est concerné, de près ou de loin, par la différentiation sexuelle, par les pratiques sexuelles, par la sexuation, la sexualité, les questions touchant au rôle spécifique de la femme, ou à celui de l'homme, mais aussi par le vêtement, l'art, la façon de faire l'histoire, la philosophie et la politique. La théorie du genre est universelle, rien n'échappe, ou n'est censé échapper, à son emprise, dès lors que nous pouvons tout lire ou interpréter sous l'angle du rapport de sexe ou de leur(s) rôle(s) soci -al (aux). En définitive, s'il n'existe qu'une chose c'est bien la théorie du genre, les études ne devenant, quant à elles, que la justification scientifique ou pseudo-scientifique de postulats a priori. 

Il faudrait faire la généalogie de cette théorie qui postule que l'être humain n'est pas sexuellement déterminé, ou pas essentiellement déterminé, par son sexe biologique, ou naturel, mais par un cadre arbitrairement produit par telle ou telle société historique ou par telles ou telles normes culturelles. Pour le dire simplement, le "genre" n'est pas donné uniquement - un uniquement qui va progressivement s'estomper - par le sexe naturel, il est le produit, pour le meilleur ou pour le pire, d'une pression sociale et culturelle. Si je suis un homme ou un femme, ce n'est pas, uniquement, en raison du fait que je possède des testicules ou des ovaires, mais c'est, surtout, en raison des pressions culturelles ou sociales qui me font être "homme" ou "femme" (les guillemets servent à signifier qu'il ne s'agit plus d'hommes ou de femmes déterminés par le naturel). On sent bien qu'il y a là quelque chose d'assez vrai et même d'une confondante naïveté. Le problème est que la théorie du genre partant de ce constat, somme toute banal, va plus loin et affirme que le sexe naturel n'est en rien, ou vraiment pour si peu, dans la construction du genre, qu'il n'intervient que comme le constat primordial, l'observation première qui justifie ensuite la pression culturelle. Autrement dit, c'est parce que je constate que cet enfant est une fille, et je le constate au vu de son sexe, que moi parent, moi école, moi société, je vais le construire, l'édifier comme un "la", comme une femme, la faisant entrer dans un rôle préétabli par une société, forcément patriarco-machiste hétérosexiste, selon la norme - "naïve" dirait la théorie du genre - qu'une femme, par exemple,  s'emboîte forcément à un homme. La théorie du genre, dénonçant, parfois avec raison, des pressions sociales sexistes, en vient - sans rendre compte de manière satisfaisante de ses pressions (elles en est tout bonnement incapable) - à sombrer dans le négationnisme naturel. Le "je ne suis pas uniquement déterminé par mon sexe naturel", devient, très vite, "je ne suis pas déterminé par mon sexe naturel" et l'on voit des parents ne plus mentionner le sexe de l'enfant, se refusant à le nommer - le sexe - pour ne pas contraindre l'enfant à adopter un genre. 

A ce postulat de la négation, plus ou moins radicale, de la nature, il faut joindre un absolutisme culturel. Cet absolutisme culturel peut être libellé comme suit : je ne suis en définitive que ce qu'une société donnée veut que je sois, que ce qu'elle me contraire à être ; je ne joue que le ou les rôles, et les rôles sexués, qu'elle tient à ce que je joue pour qu'elle puisse fonctionner. Mais s'il en est ainsi, si ce que je suis, sexuellement parlant notamment, peut être modelé par une société et sa culture, je peux aussi, en le dénonçant, m'affranchir de ce cadre culturel contraignant et devenir autre chose, qui correspondrait plus à mon désir, et endosser un rôle plus en phase avec ce dernier. ( En mettant en avant les cadres supposés contraignants dans l'avènement d'un genre pour que celui-ci corresponde au sexe biologique, la théorie du genre suppose que la société a des idées a priori, non critiques, qui détermineraient ensuite sa contrainte sur les individus. Mais la théorie ne prouve rien de cela, elle se contente de critiquer une espèce de naturalisme sans pour autant expliquer comment il serait à l'origine des contraintes sociales. Les rôles sociaux liées au sexe semblent donc une construction a priori aucunement démontrée. Dans ce domaine, les études de genre sont souvent anachroniques, onéreuses dans leur argumentation, expliquant sans expliquer et souvent en projetant une préoccupation contemporaine largement dominée par le champ LGBT sur des sociétés qui sont à mille lieux de parler la même langue. Évidemment, cela ne peut conduire qu'à des procès d'intention.)   Au final donc, pour être ce que je veux être, ce que je sens devoir être, je n'ai besoin ni de la nature, ni des cadres culturels de la société. Si celle-ci m'impose des cadres normés pré-construits, je peux tout aussi bien, dans une attitude de critique, recouvrer une liberté et me donner mes propres cadres. La négation du naturel, de l'ordre biologique, joint au tout culturel, conduisent immanquablement au relativisme : la nature et la société sont liguées dans leur dictature patriarcale,  machiste, et hétéronormée et m'empêchent d'être ce que je voudrais être spontanément. 




La spontanéité du désir est ici une illusion qu'il ne faut pas manquer de mettre en évidence. La théorie du genre suppose souvent qu'il existerait un désir spontané, autonome, du sujet dans son rapport au sexuel, à la sexuation et au rôle social sexué. Or tout ceci n'est qu'une illusion romantique. Le désir, et surtout ceux dont nous parlons, est le fruit d'un mimétisme méconnu. Un petit garçon qui désirerait être une fille, n'acquiert pas ce désir spontanément, il ne le possède pas de manière infuse, sans passer par un ou des médiateurs qui font naître, à son insu, à leur insu, ce désir-là. La spontanéité, pour la théorie du genre, est ce qui va contre les aspects naturel ou normatifs, ou réputés tels. La spontanéité aurait donc toujours un caractère contestataire. Mais ici encore nous sommes dans une pétition de principe : on attend la preuve que la contestation soit bien toujours un signe de spontanéité. De même l'exception à la norme, l'anomalie dans le système ou l'ensemble, est regardé comme spontané tandis que pour le reste du système, ou de l'ensemble, il n'y aurait que contrainte. Une femme qui se prend pour un homme serait spontané, une femme qui se prend pour une femme supposerait la contrainte. Ce qui échappe à un cadre, déclaré violent, est spontané, ce qui y demeure est contraint : la preuve ? on l'attend !
 Postuler que ce type de désirs est autonome et spontané, c'est méconnaître qu'un désir est toujours précédé d'un réseau de relations qui le porte. La théorie du genre dénonçant la tyrannie d'un ordre des choses fondé sur un certain primat naturel, tombe dans le dictat culturel relativiste entretenu par la méconnaissance de la nature exacte du désir. Si en matière d'identité sexuée, je nie unilatéralement le fondement naturel, si je critique unilatéralement les cadres sociaux, réputés fondés sur la dite nature, il ne me reste qu'a me replier sur un désir purement égotique que je fantasme spontané, souverain, libre, autonome, presque me préexistant , mais qui, en vérité, lui aussi, reste à la remorque de critères culturels à la tyrannie bien plus perverse parce que cachée. 

A l'observation sereine de l'impact de la doctrine du genre, on constate une disproportion tout à fait intéressante entre sa relative nouveauté et l'importance qui lui est donnée.  On peut se demander, à juste titre, de savoir comment une théorie aussi récente a-t-elle pu gagner aussi vite les milieux intellectuels les plus influents et occuper tous les champs des sciences humaines ? Une autre théorie, celle du désir mimétique, justement, élaborée par René Girard, dans le même laps de temps, n'a pas eu la moitié de la répercussion que celle qu'a eue la théorie du genre. La question devient plus aiguë encore lorsque l'on connait les origines troubles de la dite théorie, indubitablement marquée, au berceau, par des caractères pathologiques personnels. Et pourtant cette ascendance fortement tarée ne semble pas avoir freiné son expansion. Ce phénomène est très curieux et inquiétant. Nées des recherches "médicales" d'un psychiatre pédophile (Money) lui-même disciple d'un sexologue pansexuel (Kinsey) les bases de la théorie du genre sont reprises par des mouvements militants, activistes, constitués en majorité de féministes dans un premier temps, de lesbiennes radicales, dans un second temps, et enfin d'idéologues Queer dans un dernier temps.  Tous ses groupes ont vu dans les constructions psychiatriques, sociologiques ou historiques liées au genre l'occasion de justifier intellectuellement un combat. Or quand, pour un groupe donné, à la cohésion fondée sur des particularismes sexuels, une hypothèse prend la valeur d'une théorie démontrée et irréfutable et que ce groupe a un intérêt à ce qu'elle le soit, on est en droit de tenir la théorie en question et même les hypothèses qui la sous-tendent comme suspectes a priori. Or toute la théorie du genre dans sa généalogie repose sur ce type de constructions intellectuelles liées à des intérêts sexués, sexuels, de sexuation, à des particularismes de pulsions libidinales. Le combat pour l'égalité entre les hommes et les femmes, que l'on oppose souvent comme vademecum à la théorie, est lui-même doublé par les mêmes préoccupations sexuelles qui ont marquées les débuts inchoatifs des théories sur le genre. Le même Dr. Money défendait, par un intérêt tout personnel, la légitimité de la pédophilie avec des arguments qui auraient pu - qui pourront peut-être - faire une carrière aussi faste.

Le fait que la théorie du genre fut largement assumée, développée, et propagée par des groupes radicaux explique, pour une part, son côté totalitaire : occuper tout le terrain et s'imposer avec force. Avec le temps, elle a étendu ses rhizomes et défenseurs de l'égalitarisme hommes /femmes, promoteurs de la libération de la femmes, féministes radicaux, LGTB, queer et autres se mêlent, dans le même opprobre jeté sur la nature, dans  le même constructivisme culturel, agités par la même obsession sexuelle. 

Faut-il cependant tout rejeter de cette théorie ? N'y aurait-il pas l'une ou l'autre chose à prendre tout de même?  Pour ce faire, il faudrait la débarrasser de ses fondements idéologiques et donc de la déchoir de son statut de théorie justement. Il faudrait la soumettre à la critique et ensuite la dépasser en ne retenant ce qui est probant pour en faire des hypothèses de travail. Cela supposerait de repenser le lien entre nature et culture, autrement que dans un conflit perpétuel, comme si, forcément, le deux instances étaient antinomiques.  Or ce travail de critique sereine est difficile à faire eu égard à la nature militante et intéressée, partisane donc, de la théorie sur le genre. De plus, un travail de critique supposerait de mettre un frein net à toutes les implications pratiques qu'elle engendre. En effet, elle produit des projets éducatifs qui sous le noble but de réduire les inégalités liées au sexe, entretiennent la confusion entre les sexes ou revendiquent la disparition pure et simple de la différence sexuelle. La même éducation, liée toujours au mythe de la spontanéité d'un désir préexistant, promeut des comportements sexuels présentés comme se valant tous, puisque ôtés de leur contexte naturel, et simplement mus par le désir fondateur de légitimité. L'éducation aux rôles sociaux sexués fondés sur la théorie du genre se signale par des comportements aberrants (ne pas signaler le sexe biologique de l'enfant, obliger les garçons à uriner assis, obliger à l'inversion sexuée des jeux, leçons faites sur la base d'histoires liées aux comportements sexuels - Tango a deux papas et Papa porte une robe, par exemple), pour le moment assez minoritaires et sans réel impact, mais qui, compte tenu de l'aspect foncièrement totalitaire et prosélyte de la doctrine sont, d'ores et déjà, dangereux. De plus, on notera la contradiction :  au nom de la lutte contre la contrainte sociale on impose aux enfants une nouvelle contrainte, un contrainte largement sexuelle, avec souvent des préoccupations qui ne sont pas de leur âge. Si la première revendiquait pour elle d'être fondée en nature, la seconde conteste le fait de pouvoir fonder quoi que ce soit en nature, d'où des impératifs catégoriques tirés du chapeau, facilement changeants, et donc plus directifs, puisque, logiquement, plus relatifs. On pourrait sans que cela soit abusif envisager un programme, très documenté, et largement justifié de castration afin que disparaisse effectivement la différence et le différent sexuel : l'égalitarisme est un rouleau compresseur. (La théorie du genre n'est qu'une castration idéologique en définitive).