J'avais écrit ceci à mon départ de Londres. La veille, le chien était mort.
Quelques mots pour la mort de Pilar.
Une vie purement animale s'achève. Que peut bien signifier une vie telle, non habitée -apparemment- par l'esprit?
Un être que nous avons recueilli, soigné, protégé, aimé, qui par sa présence de simple gratuité, purement factuelle, cet être-là, tout chien, seulement chien, parce que ne sachant être autre chose que chien, qui par cette présence vivante, où n'entre pas de simulation, de stratagème, de composition, toutes choses pour nous si habituelles, une vie, au final, purement vie, toute dans l'être-là, sans arrière pensée, sans même de pensée tout court, un être tout en poils qui nous enseigne quelque chose de la vie. Oui, il nous apprend, à nous qui sommes pourtant les gardiens de l'esprit, les pourvoyeurs du sens, à nous qui intellectualisons tout, qui y sommes tenus ou condamnés- je ne sais au juste -, la simplicité du fait biologique et sa profondeur foncière. Un être en apparence aussi peu doué de raison, nous apprend à coller davantage non seulement à l'existence, mais à la vie elle-même dans ce qu'elle a de fondamentalement biologique et que nous partageons, tout imbus d'esprit que nous sommes, avec tout le vivant. Nous collons ainsi au flux vital qui fait nous mouvoir et nous reposer, manger et nous réjouir de simples choses, nous nous accordons au concert universel de la nature et de l'être, et sous les couches successives des conditionnements culturels, politiques, religieux, sociaux, nous découvrons que nous aussi nous tenons bonnement de l'animal.
D'eux à nous, la gratuité de la vie brute se manifeste. De nous à eux, la transcendance de l'esprit se communique. Ils sont pour nous les témoins du flux vital, nous sommes pour eux les médiateurs de l'esprit. Et ainsi nous communions.
Nous l'avions trouvée un soir de septembre, sous la pluie, à Porto. Donnée, vaudrait mieux que «trouvée» et nous l'avons reçue, acceptée, d'abord avec hésitation, ensuite avec une espèce de gratitude. Elle a su entrer dans nos vies sur les pointes blanches de ses pattes, avec la délicatesse têtue, la discrétion et l'espièglerie qui furent les siennes jusqu'à la fin. Elle restait muette et silencieuse, signifiant sa reconnaissance autrement : par sa douce présence fauve, sa chaleur, son abandon tandis qu'elle dormait.
Je l'ai aimée comme on peut aimer un être calme, doux et reposant, au regard si plein, qu'il serait insensé de dire que jamais aucune âme n'est passée dedans. Elle tremblait les soirs d'orage et de vent, cherchait partout à se cacher et ne trouvant le répit à ses terreurs primaires que blottie contre moi sous une couverture. Une nouvelle fois, alors, il m'était demandé de me charger de cette petite vie sans esprit. Tout cela n'a certes pas l'importance des choses importantes, après tout ce n'était qu'un chien ,entends-je. Il faudrait pourtant être dénué de tout soupçon d'humanité pour ne pas accorder à ces détails une importance tout de même.
Ce n'est pas en vain qu'elle à consolé par sa présence les jours sombres traversés, et catalysé mes angoisses, me restituant une paix. Ce ne fut pas en vain qu'elle m'enseigna par sa vie humble une autre valeur à l'existence et la confiance en la vie.
De la bonté dont elle participait, la bonté foncière de toute chose venant à l'existence, qui n'est pas la bonté morale, elle m'a appris la bonté de la vie et le devoir, pour moi qui suis un homme, d'y adjoindre la bonté morale. Car si pour elle la bonté de l'être suffisait, pour moi il m'appartient de joindre à celle-là la bonté morale qui, dans mon cas, en est l'aboutissement.
mercredi 15 février 2012
mercredi 8 février 2012
Justice rendue à la civilisation informée par l'islam
Il est juste qu'ici soient, une fois du moins, manifestés ma profonde admiration et mon grand amour pour ce que la civilisation informée par l'islam a produit de meilleur. C'est avec une émotion non feinte que nous nous souvenons des cours d'histoire de l'islam et sur l'art islamique de Monsieur le Professeur Rijkmans que nous avons suivi trois années durant à l'UCL. Nous nous souvenons en particulier des heures passées à visionner, presque en solitaire, les multiples tapis et miniatures orientales.
La civilisation islamique, quelle soit arabe ou perse, produisit de nombreux fruits venus enrichir artistiquement, philosophiquement ou spirituellement l'humanité et il ne saurait être question de mépriser cela, ni de le sous-estimer. Ainsi l'art oriental de la miniature vaut largement le nôtre, et l'art du tapis n'a aucun équivalent, excepté - mais nous sommes dans autre chose - celui de la tapisserie. Que dire aussi de la calligraphie qui, pour cause, prit une ampleur dans les civilisations informés par l'islam? Interdits d'image - interdit d'ailleurs relatif- les artistes musulmans, dans certaines aires géographiques, développèrent la calligraphie, et un art de l'abstraction, toutes deux véhiculant une riche spiritualité.
Il faudrait aussi mentionner l'apport considérable à la philosophie. Évidemment, on pense à Averroés - même si chez lui tout n'est pas forcément pacifique - mais il faut citer aussi Avicenne. Dans l'ordre de la mystique, il faut mentionner Al-Ghazali, philosophie lui aussi, Rûmi, Ibn Arabi et d'autres encore, même si, pour la plus part, ils sont considérés comme hétérodoxes. Il faut encore faire mention ici d'une certaine pratique de l'analogie et de l'interprétation (ijtihad) - interprétation qui était perçue comme un "effort" ad intra, et qui s'opposait au djihad, effort ad extra - qui permirent aux différentes écoles juridiques, à certaines périodes, d'être tolérantes. La porte de l'ijtihad fut fermée au Xe siècle. La réouverture pleine de ces portes permettrait, peut-être, à l'islam d'être compatible avec une réelle démocratie.

On ne peut passer sous silence, l'apport considérable fait au patrimoine de l'humanité au niveau de l'architecture. L'art de bâtir en Islam fut original, inventif et faste, et ce, d'Afrique du Nord jusqu'à la Mongolie.
Il faut mentionner l'apport fait aux lettres. Le Coran évidemment qui fixe, pour une part, l'arabe classique, donnant ainsi à l'humanité un nouveau véhicule linguistique. On ne peut oublier, les Contes des mille et une nuits, et les divers écrits des mystiques déjà cités. L'arabe est ainsi venu enrichir d'autres langues parmi lesquelles, le portugais, l'espagnol et, dans une mesure moindre, le français.
Enfin, terminons, par les techniques et un certain art de vivre où une large place fut donnée aux plaisirs : cuisine, parfums, jardins, et érotisme. Art de vivre qui nous pénétra et donc, pour une part, nous sommes encore tributaires.
Toute cette masse fut comme les fleurs et les fruits d'une mélange entre les cultures pré-islamiques et l'islam comme révélation monothéiste.
J'espère avoir ainsi montré, si c'était nécessaire, que je ne suis pas - il ne faut pas se méprendre- un musulmanophobe primaire. Je défendrai toujours un humanisme certain, charpenté, le plus docte possible, universel, fait de reconnaissance, mais aussi critique, indépendant, un humanisme qui postule d'emblée la dignité égale de tout homme quelque soit sa race, sa religion, sa langue, sa culture, son sexe, et son orientation sexuelle, son handicap, sa maladie, la période de sa vie, de sa conception à sa mort, mais un humanisme profondément ancré dans mon patrimoine, c'est à dire dans la culture européenne, faite de philosophie grecque, de judaïsme (et dans mon cas plutôt deux fois qu'une) de christianisme et de critique de celui-ci, mais sans exclusive puisque tout ce qui est beau, bon, et vrai donc, participe à la construction du tout. Un humanisme qui est, pour reprendre le cher Torga, le particulier moins les murs.
La civilisation islamique, quelle soit arabe ou perse, produisit de nombreux fruits venus enrichir artistiquement, philosophiquement ou spirituellement l'humanité et il ne saurait être question de mépriser cela, ni de le sous-estimer. Ainsi l'art oriental de la miniature vaut largement le nôtre, et l'art du tapis n'a aucun équivalent, excepté - mais nous sommes dans autre chose - celui de la tapisserie. Que dire aussi de la calligraphie qui, pour cause, prit une ampleur dans les civilisations informés par l'islam? Interdits d'image - interdit d'ailleurs relatif- les artistes musulmans, dans certaines aires géographiques, développèrent la calligraphie, et un art de l'abstraction, toutes deux véhiculant une riche spiritualité.
Il faudrait aussi mentionner l'apport considérable à la philosophie. Évidemment, on pense à Averroés - même si chez lui tout n'est pas forcément pacifique - mais il faut citer aussi Avicenne. Dans l'ordre de la mystique, il faut mentionner Al-Ghazali, philosophie lui aussi, Rûmi, Ibn Arabi et d'autres encore, même si, pour la plus part, ils sont considérés comme hétérodoxes. Il faut encore faire mention ici d'une certaine pratique de l'analogie et de l'interprétation (ijtihad) - interprétation qui était perçue comme un "effort" ad intra, et qui s'opposait au djihad, effort ad extra - qui permirent aux différentes écoles juridiques, à certaines périodes, d'être tolérantes. La porte de l'ijtihad fut fermée au Xe siècle. La réouverture pleine de ces portes permettrait, peut-être, à l'islam d'être compatible avec une réelle démocratie.

On ne peut passer sous silence, l'apport considérable fait au patrimoine de l'humanité au niveau de l'architecture. L'art de bâtir en Islam fut original, inventif et faste, et ce, d'Afrique du Nord jusqu'à la Mongolie.
Il faut mentionner l'apport fait aux lettres. Le Coran évidemment qui fixe, pour une part, l'arabe classique, donnant ainsi à l'humanité un nouveau véhicule linguistique. On ne peut oublier, les Contes des mille et une nuits, et les divers écrits des mystiques déjà cités. L'arabe est ainsi venu enrichir d'autres langues parmi lesquelles, le portugais, l'espagnol et, dans une mesure moindre, le français.
Enfin, terminons, par les techniques et un certain art de vivre où une large place fut donnée aux plaisirs : cuisine, parfums, jardins, et érotisme. Art de vivre qui nous pénétra et donc, pour une part, nous sommes encore tributaires.
Toute cette masse fut comme les fleurs et les fruits d'une mélange entre les cultures pré-islamiques et l'islam comme révélation monothéiste.
J'espère avoir ainsi montré, si c'était nécessaire, que je ne suis pas - il ne faut pas se méprendre- un musulmanophobe primaire. Je défendrai toujours un humanisme certain, charpenté, le plus docte possible, universel, fait de reconnaissance, mais aussi critique, indépendant, un humanisme qui postule d'emblée la dignité égale de tout homme quelque soit sa race, sa religion, sa langue, sa culture, son sexe, et son orientation sexuelle, son handicap, sa maladie, la période de sa vie, de sa conception à sa mort, mais un humanisme profondément ancré dans mon patrimoine, c'est à dire dans la culture européenne, faite de philosophie grecque, de judaïsme (et dans mon cas plutôt deux fois qu'une) de christianisme et de critique de celui-ci, mais sans exclusive puisque tout ce qui est beau, bon, et vrai donc, participe à la construction du tout. Un humanisme qui est, pour reprendre le cher Torga, le particulier moins les murs.
Une civilisation du coup de bâton et du fouet
De toute évidence sur certains mots du lexique général de la langue française plane une ombre, un fantôme et certains mots sont littéralement possédés par un esprit "impur". Ainsi, par exemple, les mots, "patrie", "nation", "civilisation", etc., semblent devoir subir un exorcisme, du moins lorsqu'il sont émis dans certaines circonstances, ou par certaines gens. "Civilisation" prononcé par un homme blanc, occidental et européen, politiquement de droite, est inaudible, un manque de goût, une insulte, un tabou. Le même mot qui serait prononcé par un oriental, par une femme ou un homme noirs, ou quelqu'un politiquement à gauche, aurait une toute autre connotation, a priori. On peut ainsi vanter "la splendeur de la civilisation islamique" "quant l'islam illuminait le monde", sans que personne y trouve à redire, mais on ne peut pas prétendre que "notre civilisation" - à charge de la définir, certes- soit à défendre. Cela ce n'est pas possible, il y a un tabou majeur, une fin de non recevoir, un outrage fait à une posture intellectuelle toute possédée par le fameux esprit malin.
"Civilisation" est riche en idéologie, et cela pour l'émetteur d'un message qui utiliserait ce signifiant, comme pour le récepteur qui l'entendrait. Entre son émission et sa réception, la place demeure pour l'ombre évoquée plus haut. L'ombre plombe le sens, fausse l'acception, perturbe sa compréhension et sa réception honnête et impartiale ; l'ombre pervertit le jugement. Elle veille sinistrement sur toute position politique où un "autre" serait convoqué, elle surveille de près tout discours qui poserait l'"autre" en face du "moi"- qu'il s'agisse d'individus mais plus encore de "sociétés"- elle se fait même ultime truchement des non-dits et le paradigme absolu de leurs interprétations exactes. Ceux qui useraient à mauvais escient de "civilisation" comme ceux qui se hâtent de les conspuer, sont tous entiers sous l'emprise de l'ombre; elle est notre double, le double pervers de notre - je n'ose dire "civilisation" - amalgame socio-psycho-culturel.
Comme toutes les ombres, celle-là est morte, mais omnipotente tout de même d'au-delà de la mort. On pensait la page tournée et l'on découvre que tout est encore agité par le traumatisme. L'ombre nous regarde comme la statue du commandeur. Nous n'en avons pas fini avec Hitler, puisque c'est de lui qu'il s'agit. C'est lui qui tire les ficelles des discours et de leurs interprétations, lui qui habite les non-dits, lui qui plane sur nos relations aux autres, à l'autre. Hitler qui, dans notre cas, et pour notre plus grand malheur, tient la main à un certain christianisme. Un christianisme perverti, un christianisme, pour paraphraser Chesterton, devenu fou.
L'homme européen ayant sur la conscience d'avoir produit le "monstre", de l'avoir construit, vit depuis la fin de la guerre une crise aiguë de culpabilité, et il trouve, cet homme-là, dans ce christianisme de fin de chaîne, ce christianisme crépusculaire, le bâton pour se battre : repentance ! plus jamais ça ! sont les nouveaux cris de guerre de l'occident européen. Aussi à nos yeux fascinés, l'autre nous apparaît toujours plus pur, toujours meilleur, toujours plus naturellement bon, toujours "supérieur". A vrai dire, nous sommes les seuls à tenir ce discours, les seuls à tenir cette place et, comme le montre si bien René Girard, nous devons cette posture au christianisme qui seul permet cette mise en cause, ce constant réquisitoire. Croyez-vous qu'ailleurs on s'encombre aussi massivement de chercher, débusquer, les fautes historiques? Pensez-vous que d'autres sociétés soient aussi portées que les nôtres sur cette culpabilisation permanente? Pensez-vous que d'autres organisations culturelles soient aussi auto-critiques, aussi largement ouvertes, quoique l'on dise, à l'autre ?
Le christianisme travaillant en nous, dans le corps de nos sociétés occidentales, un christianisme largement dépassé, largement évacué, mais tout de même encore toujours là par les plis sans nombres qu'il nous à fait prendre, par les habitus qu'il nous a imprimés, nous oblige, perversement, à prendre spontanément cette place - ultime évolution d'un système sacrificiel, toujours selon Girard - de la victime consentante et qui se croit, sincèrement, coupable. Il n'est même plus besoin que d'autres nous accusent, des autres qui auraient les mains vides, les mains propres, d'autres qui seraient "purs" de tous "péchés", ce qui les autoriseraient à nous jeter la pierre, non il n'est plus besoin de ces autres-là existent, puisque nous nous chargeons seuls de notre procès, de notre jugement et de l'exécution de la sentence : nous nous lynchons nous-même, fous que nous sommes de la haine de soi.
Il ne saurait être question, cela va sans dire, d'affirmer la supériorité essentielle ou naturelle d'une culture sur une autre, et encore moins, d'un homme sur autre. Il n'existe rien qui soit "en-soi" supérieur dans un monde relatif. Mais c'est précisément ce relatif qui détermine ce qui est supérieur à autre chose ou qui lui est inférieur. Il va sans dire - mais disons-le - que "supérieur", "inférieur" sont eux-mêmes des relatifs et qu'ils ne sont pas des "en-soi" absolument absolus. Ils n'essentialisent pas, rien ni personne.
Il n'existe donc pas des "civilisations" en soi. Il n'existe que du relatif civilisationnel. Et justement, c'est bien parce que c'est relatif qu'un jugement est possible, un jugement relatif. On juge l'arbre à ses fruits, il en est ainsi pour les hommes, pour les sociétés, pour les "cultures", pour la morale, pour les philosophies, pour l'art, pour les civilisations aussi. Et dans tous ces domaines, il est des gradations. Des gradations dans l'espace et dans le temps.
"Or, il y a des comportements , qui n’ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu’ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle, en particulier de la dignité de la femme et de l’homme. Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique. En tout état de cause, nous devons protéger notre civilisation."
Ce message, message politique faut-il le dire, est donc recevable et tombe sous le sens. Mais cela suppose, que cassée soit la statue du Chancelier. Recevable, il l'est mais, politiquement, sans doute, dérangeant. Dérangeant, peut-être, mais ne valant nullement la réaction, politique, elle aussi qui lui fait suite.
La civilisation qui est la nôtre est plus une étape qu'un aboutissement achevé.
La paix sociale, le "vivre-ensemble", la bonne entente entre les peuple,s exigent donc, nous semble-t-il, que nous nous portions coupables et l'on ne saurait concevoir, si pas un amour, du moins une ouverture à l'autre, sans cela. La logique est claire : s'affirmer, c'est interdire à l'autre de le faire, c'est voler à l'autre ce qu'il lui revient, presque de droit. Un autre dont, au fond, on a peur, que l'on ne voudrait, pour rien au monde, contrister. Il ne reste pour nous, comme société - parce que individuellement, il en va tout autrement - de nous effacer, de s'amoindrir, de disparaître pour laisser la place à l'autre.
A dire vrai, il n'y aurait rien à dire à cette mystique de l'effacement de soi, si du moins elle commençait ici et maintenant, pour chacun, individuellement, au niveau de la relation de personne à personne - un moins pour un plus. Mais à ce niveau-là, précisément, rien n'advient, et les belles-âmes de gauche ou de droite, restent inertes. Le discours de l'oubli de soi pour l'autre n'est valable qu'au niveau des sociétés, des ensembles culturels, en deçà nous retombons dans "l’œil pour œil et dent pour dent", et dans le "pousse-toi de là que je m'y mette" quotidiennement vécu, quelque soit la couleur de notre peau.mardi 31 janvier 2012
Mormonisme et islam : miroir mon beau miroir.
Vous connaissez le mormonisme. Sans doute, au moins une fois, avez vous eu affaire à ses jeunes "cadres dynamiques" en complet et cravate, avec un accent outre-atlantique, vous demandant de prier pour que Dieu vous dise si, oui ou non (oui surtout), leur religion est la bonne et l'unique. L'Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, puisque tel est le nom officiel de ce groupe, est sans aucun doute la communauté religieuse la plus originale des États-Unis et, du moins jusqu'à l'apparition des Témoins de Jéhovah, le phénomène religieux le plus percutant en occident, pour le XIXe siècle.
Si on ne peut, sans soulever un tollé, se pencher de façon critique sur l'islam, on le peut tout à fait sur le mormonisme, pour la simple raison que l'on ne met nullement en danger la paix sociale, les mormons comptant pour rien. Étant, par le fait du hasard, entré en contact, parfois plus étroit, avec le mormonisme, j'ai toujours été frappé des similitudes, mutatis mutandis, qui existent entre les deux phénomènes religieux.
L'islam et le mormonisme se revendiquent tous deux d'un prophète non seulement inspiré, mais recevant, sans médiation, une révélation directe et nouvelle. Les deux prophètes étaient tous deux sujets à une inquiétude religieuse et avaient l'habitude de se retirer dans des endroits déserts pour prier, et c'est durant l'une de ses retraites que, tous deux, reçoivent leur révélation.
Dans les deux cas, la révélation reçue se veut en totale rupture, accusant les traditions religieuses précédentes (et surtout le christianisme) d'avoir trahi le message original.
Dans les deux cas, la révélation se veut un retour à un message, à une tradition religieuse plus ancienne.
Un livre tient une place primordiale dans les deux cas, un livre "caché" et révélé. Le Coran primordial toujours auprès de Dieu, est ainsi communiqué à Mahomet, tandis que Joseph Smith reçoit la révélation qu'un livre aux pages d'or est caché quelque part, caché et chiffré. Nous sommes, malgré la différence de traitement, dans le même schème mythologique du message incommunicable mais tout de même communiqué.
Les deux fondateurs créent une communauté croyante assez solidaire et constituées toutes deux dans une espèce d'errance, dans la fuite et le voyage. Les deux communautés ont des bases patriarcales, avec dans le cas des mormons, le rétablissement de la polygamie. Les deux communautés possèdent pour ainsi dire un lieu de culte unique, fondamental, la Mecque pour l'islam, le Temple de Salt Lake City pour les Mormons. Enfin, les deux communautés sont régies par des interdits et des prescriptions rituelles assurant la cohésion du groupe.
Un autre point commun est celui de l'expansion. L'islam, on le sait, est destiné à être communiqué à tout la terre, le mormonisme, via l'impérialisme américain, est lui aussi destiné à rassembler le monde entier. Dans les deux cas, bien que de manière différente, il y a une visée très nette d'expansion quasi consubstantielle.
On voit donc que les deux phénomènes religieux sont assez semblables et procèdent d'une même psychologie religieuse. Je ne suis pas loin de penser que l'inquiétude fondamentale du fondateur a donné naissance à des formes similaires que seules les circonstances géographiques et culturelles ont permis de distinguer.
Lorsqu'il m'arrive de rencontrer un mormon, je ne manque pas, devant son insistance à me demander de prier pour obtenir une réponse de la part de Dieu concernant la véracité de sa religion, de lui souligner les points de ressemblance avec l'islam qui prétend, lui-aussi, venir de Dieu. Or, à moins de supposer que Dieu soit un tantinet schizophrène, ce qui est toujours possible, il ne saurait se révéler de manière aussi différente, car l'islam n'est pas le mormonisme, et bien que beaucoup de ressemblances les rapprochent ,de plus grandes différences les éloignent. Donc, puisqu'il y a contradiction dans les termes une ,au moins, de ses "révélations" est fausse. Il faudra, dans ce cas, mettre les ressemblances des effets sur le compte d'une cause extérieure, d'une cause qui ne saurait apparaître comme transcendante, une cause la plus causale possible, si l'on peut dire. Je n'en vois pas d'autre que celle de la psychologie du fondateur. Deux fondateurs ayant des psychologies similaires vont, fatalement, donner naissance à des mouvements fort proches, marqués des mêmes signes, appartenant à un même univers religieux quelque peu paranoïde, et dans les cas qui nous occupent, un univers religieux archaïsant (interdit alimentaire, ou lié à la bouche, sacrifice) acritique (conception immédiate de la révélation, conception mythologique de celle-ci) et forcément patriarcale (machisme, distinction sexuelle nette et appuyée, promotion des familles nombreuses).
Bien des choses commencent dans la tête d'un homme et finissent dans le cœur de plusieurs autres.
lundi 30 janvier 2012
Entre génie et perversion, la liberté du christianisme.
Nous étions cinq. Le Moulin Rouge affichait ses "F" et était, comme de coutume, photographié par les touristes - un autre eut dit "les badauds"- la place Pigalle était semblable à elle-même, sans grâce, sans beauté, n'ayant pour elle que le pittoresque, et encore, il faudrait parler d'un pittoresque du souvenir plus que du réel. Mais peu importe tout cela puisque nous n'étions pas sur la place. Nous nous trouvions attablés quelques centaines de mètres plus bas.
La conversation en vint à la religion. Et une fois encore, je mesurai l'ignorance, les idées reçues, les idées préconçues, les préjugés en cette matière. Une nouvelle fois, je soutins que le christianisme était l'unique nouveauté survenue, en matière religieuse, dans l'histoire de l'humanité, et que, plus encore, il était à lui seul la promesse de la sortie de la religion.
Lacan, dans une communication à Bruxelles, parlait au sujet du catholicisme de "la vraie religion". Notion, qu'il fallait entendre "à la Lacan", c'est-à-dire, comme ne disant pas ce qu'elle disait, ou plutôt disant strictement ce qu'elle dit. "La vraie religion" contenait en elle la critique du "religieux" - Lacan avait bien compris la force critique du christianisme, sans pour autant lui donner sa foi - son adhérence au réel et simultanément sa possible perversion, et sa perversion réalisée.
Le génie du christianisme réside tout entier dans cette "sortie" de la religion. Après le christianisme on ne pouvait plus "pratiquer" une religion comme on les pratiquait avant son avènement. Le génie du christianisme est d'avoir libéré l'homme, de l'avoir libéré de Dieu, et de la religion elle-même, au point, et cela est symptomatique, qu'une des premières accusations, à l'encontre des disciples du Christ fut, précisément, celle de leur athéisme.
Une des perversions du christianisme est de n'avoir pas su maintenir cette libération du religieux comme une constante d'une nouvelle attitude spirituelle et d'avoir, au contraire, sombré, à certains moments plus qu'à d'autres, dans des formes religieuses habituelles.
Malgré cela, malgré la force que la perversion peut avoir, il n'en reste pas moins que la puissance libératrice persiste et qu'elle se manifeste davantage, car si, le génie du christianisme lui appartient consubstantiellement, sa perversion ne lui appartenant pas en propre, n'est qu'un défaut ajouté, un défaut constant, mais ne venant pas de lui.
Le paradoxe est grand : comment donc une "religion" peut être une sortie du religieux en évitant de devenir et un programme philosophique flou et une nouvelle religion, fut-elle la vraie. Tout le christianisme historique balance entre ces deux pôles, entre d'une part la fin du religieux et l'accomplissement du religieux, d'autre part. A vrai dire, l'accomplissement du religieux est sa fin, mais de notre point de vue, de notre situation d'hommes incorporés, procédant en toutes choses de manière discursive, une chose vient après l'autre, et si nous pouvons concevoir les deux choses en même temps, il nous est quasi impossible de les pratiquer toutes deux simultanément.
Une voie est cependant possible. Celle-là même suggérée par Paul : "usez du monde comme n'en usant pas". Certes la maxime vaut pour le monde et ses "biens", mais on peut aisément, l'appliquer à la religion : "ayez une religion comme n'en ayant pas". Cela invite à une pratique critique, à une adhésion critique, et "critique" ici ne veut pas dire revendication ou mécontentement, mais distanciation, césure, silence, doute peut-être. Le Christ lui-même à Nicodème qui vient le voir nuitamment (voilà bien un des lieux, ou un des temps, de la critique : la nuit) déclare "le vent souffle où il veut et tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va, ainsi en est-il de tout homme né de l'Esprit". L'Esprit n'est pas un esprit de servitude mais un esprit d'adoption et là où est l'Esprit, qui est Seigneur, là est la liberté, pour paraphraser Paul encore. Dire que l'Esprit est Seigneur, c'est dire, en un langage religieux, que l'Esprit seul désormais présente une quelconque puissance en matière religieuse. Un Esprit qui souffle où il lui semble bon, et dont on ne sait pour ainsi dire rien : on en voit les effets et c'est tout.
Ainsi de l'homme chrétien dont on ne sait ni d'où il vient, ni où il va, qui "souffle" où et comme il veut et dont on entend la voix, qu'elle soit murmure ou cri, et peu importe que le monde en veuille ou n'en veuille pas.
La conversation en vint à la religion. Et une fois encore, je mesurai l'ignorance, les idées reçues, les idées préconçues, les préjugés en cette matière. Une nouvelle fois, je soutins que le christianisme était l'unique nouveauté survenue, en matière religieuse, dans l'histoire de l'humanité, et que, plus encore, il était à lui seul la promesse de la sortie de la religion.
Lacan, dans une communication à Bruxelles, parlait au sujet du catholicisme de "la vraie religion". Notion, qu'il fallait entendre "à la Lacan", c'est-à-dire, comme ne disant pas ce qu'elle disait, ou plutôt disant strictement ce qu'elle dit. "La vraie religion" contenait en elle la critique du "religieux" - Lacan avait bien compris la force critique du christianisme, sans pour autant lui donner sa foi - son adhérence au réel et simultanément sa possible perversion, et sa perversion réalisée.
Le génie du christianisme réside tout entier dans cette "sortie" de la religion. Après le christianisme on ne pouvait plus "pratiquer" une religion comme on les pratiquait avant son avènement. Le génie du christianisme est d'avoir libéré l'homme, de l'avoir libéré de Dieu, et de la religion elle-même, au point, et cela est symptomatique, qu'une des premières accusations, à l'encontre des disciples du Christ fut, précisément, celle de leur athéisme.
Une des perversions du christianisme est de n'avoir pas su maintenir cette libération du religieux comme une constante d'une nouvelle attitude spirituelle et d'avoir, au contraire, sombré, à certains moments plus qu'à d'autres, dans des formes religieuses habituelles.
Malgré cela, malgré la force que la perversion peut avoir, il n'en reste pas moins que la puissance libératrice persiste et qu'elle se manifeste davantage, car si, le génie du christianisme lui appartient consubstantiellement, sa perversion ne lui appartenant pas en propre, n'est qu'un défaut ajouté, un défaut constant, mais ne venant pas de lui.
Le paradoxe est grand : comment donc une "religion" peut être une sortie du religieux en évitant de devenir et un programme philosophique flou et une nouvelle religion, fut-elle la vraie. Tout le christianisme historique balance entre ces deux pôles, entre d'une part la fin du religieux et l'accomplissement du religieux, d'autre part. A vrai dire, l'accomplissement du religieux est sa fin, mais de notre point de vue, de notre situation d'hommes incorporés, procédant en toutes choses de manière discursive, une chose vient après l'autre, et si nous pouvons concevoir les deux choses en même temps, il nous est quasi impossible de les pratiquer toutes deux simultanément.
Une voie est cependant possible. Celle-là même suggérée par Paul : "usez du monde comme n'en usant pas". Certes la maxime vaut pour le monde et ses "biens", mais on peut aisément, l'appliquer à la religion : "ayez une religion comme n'en ayant pas". Cela invite à une pratique critique, à une adhésion critique, et "critique" ici ne veut pas dire revendication ou mécontentement, mais distanciation, césure, silence, doute peut-être. Le Christ lui-même à Nicodème qui vient le voir nuitamment (voilà bien un des lieux, ou un des temps, de la critique : la nuit) déclare "le vent souffle où il veut et tu entends le bruit qu'il fait, mais tu ne sais ni d'où il vient, ni où il va, ainsi en est-il de tout homme né de l'Esprit". L'Esprit n'est pas un esprit de servitude mais un esprit d'adoption et là où est l'Esprit, qui est Seigneur, là est la liberté, pour paraphraser Paul encore. Dire que l'Esprit est Seigneur, c'est dire, en un langage religieux, que l'Esprit seul désormais présente une quelconque puissance en matière religieuse. Un Esprit qui souffle où il lui semble bon, et dont on ne sait pour ainsi dire rien : on en voit les effets et c'est tout.
Ainsi de l'homme chrétien dont on ne sait ni d'où il vient, ni où il va, qui "souffle" où et comme il veut et dont on entend la voix, qu'elle soit murmure ou cri, et peu importe que le monde en veuille ou n'en veuille pas.
mercredi 14 décembre 2011
Liège : tragique et marche blanche
C'est entendu, ce qui c'est passé hier à Liège, en Belgique, est horrible, tout le monde en conviendra : à quelques jours de Noël, la vie d'inconnus ne valant pas plus que la sienne, un "fou furieux" tire sur des passants dans l'intention unique de donner la mort. Le "forcené" était connu de la police et de la justice belges et, semble-t-il, entretenait un petit trafic de choses illicites, et ce même après de nombreux mois passés en prison. Bref, l'individu était une personne pour laquelle on est en droit de se demander ce que la liberté pouvait valoir.
N'ayant plus rien à perdre, si ce n'est la vie, l'homme se rend sur la place centrale de la ville et tire. Oui, c'est horrible. Tout d'abord pour lui : quand un être humain, quel qu'il soit, en est rendu à cette unique possibilité d'expression, à cet unique geste de désespérance, on doit se questionner sur ce qu'est être humain. Son geste - imitation d'autres gestes de la même portée - à quelque chose qui nie l'humanité, qui la viole, la rend odieuse, puisque son "parcours", puisque cette humanité-là, celle de l'individu, n'a pu que rencontrer cette forme nihiliste de violence, et la mort sanguinaire. L'horrible de l'événement est d'abord là : une personne qui en vient à ce type de geste interroge toute l'humanité, et les qualificatifs de "monstre", de "fou" ou de "dément", ne servent qu'à nous rassurer sur la "normalité" de notre propre humanité.
Il n'est pas question ici de disculper l'individu et de faire porter la responsabilité de l'acte sur la société ou le système, qui, cependant, participent à l'engrenage violent et à la médiation d'une violence qui s'étale partout et dont on abreuve les jeunes depuis les âges les plus tendres (jeux vidéos entre autres). Une société que fascine la violence ne peut produire que des violents, une société qui exaspère la rivalité mimétique ne peut que conduire à la violence. Cela dit, autonomes, ou tentant de l'être, il est de notre devoir d'individus libres et doués de volonté, de critiquer, pratiquement, la société que nous contribuons à fonder, notre responsabilité commence là.
Le caractère tragique de l'événement de Liège se révèle dans la rencontre qu'on fait des personnes "innocentes", comme dit la presse, avec la mort. Des personnes qui sans doute, ce matin-là, envisageaient leur vie avec des projets, qui sans doute n'imaginaient pas une seconde que leur destin s'achèverait là, vers midi, de par l'aveugle sauvagerie d'un homme. Innocents, ils le sont certes, mais enfin, dans des pays qui ont aboli la peine de mort, mêmes les coupables ne meurent plus violemment ; il y a dans cette insistance sur "l'innocence" quelque chose de l'ordre de la vindicte, qui accorderait que le coupable puisse mourir, après tout. Nous sommes tous innocents face à la mort, en quelque sorte. Et les victimes tragiques de Lièges ne l'étaient pas plus que celles des révolutions, des guerres, et des massacres qui ont lieu partout sur le globe.
"Il n'y a pas de mots pour décrire cela" aurait dit, sous la forme du cliché émotionnel, je ne sais quel personnage officiel à Liége. Il n'y a surtout pas de mots pour les familles des victimes qui sont face à une douleur sans fond, absurde, injuste, qui devront, désormais, tenter de comprendre, pourquoi? comment? un fils, une mère, une bébé, ont été fauchés par un geste aussi rapide que radical. Mais il faut espérer qu'il y ait des mots pour la justice, des mots pour les politiques, des mots pour ceux dont c'est la charge et le devoir, de veiller au bien commun et à la paix civile. Il n'y a jamais de mots face à la mort tragique, mais il doit y avoir des mots pour un homme politique à qui on ne demande pas de verser dans l'émotionnel, mais d'agir, et si possible avant que le tragique ne se manifeste.
Il ne reste plus maintenant à Liège qu'à organiser une manifestation d'albinambulie, puisque c'est le seul moyen, il semble, dont dispose notre société occidentale, pour évacuer la tension, la douleur, l'émotion : une marche blanche pour que "jamais plus cela n'arrive". On ne sait quels dieux on tente d'apaiser par ces processions, quel Destin funeste on veut conjurer, mais force est de constater que cela ne fonctionne pas : ça continuer à arriver. Les marches blanches sont la dérisoire manifestation de notre impuissance devant la violence qui nous possède, nous en tant qu'individus et en tant que collectivité. Ces déambulations en blanc nous apaisent, nous font communier dans la conviction, éphémère, que nous sommes innocents parfaitement innocents de ce qui nous arrive. La marche blanche est une forme non sanglante de sacrifice pendant lequel la violence, la mort, le tragique sont évacués. Mais cette forme de sacrifice est inefficace : non seulement la mort et ses acolytes ne sont pas expulsés mais ils sévissent toujours plus.
lundi 5 décembre 2011
D'une certaine blessure homosexuelle.
De l'animal blessé, on sait comment il peut être méchant, plus méchant qu'il n'est en vérité. On sait comment, il peut mordre, comment tout d'un coup, rien ni personne n'est ami, tout est ennemi. On sait comment une blessure peut transformer tout regard en regard de colère, en regard de haine, en regard de meurtrier potentiel, au moins, oui au moins, dans son cœur.
Ah, la violence qu'une blessure peut engendrer ! Une violence en miroir, une violence en réponse à l'absurdité de la blessure. Je blesse à la mesure de ma blessure en espérant, follement, que si elle ne guérit pas, du moins qu'une certaine forme de justice soit rendue, soit patente, enfin !
Ainsi, le hasard m'a mis aujourd'hui même devant une certaine littérature émanant de personnes homosexuelles, le revendiquant et en faisant même l'essentiel de leur condition humaine. Une littérature haineuse, pleine de vitriol, pleine de violence, une violence paradoxale puisqu'elle existe pour dénoncer une autre violence. Si l'homophobie véritable est, en effet, une violence, la haine des contempteurs - souvent obsessionnels- de l'homosexualité est une violence aussi. L'écrit en question en était saturé, et parfois de manière gratuite. On peut se demander, dés lors, si la haine, ainsi bêtement étalée, n'est pas le fait d'une blessure, et si la colère ne serait pas le flot que répand une plaie ouverte.
Une certaine défense de l'homosexualité ou plutôt d'une certaine vision du monde homosexuellement centré, manifeste, en effet, une blessure telle que cette défense en perd toute raison. Elle est devenue folle, folle de douleur. Elle s'étale dans une espèce de narcissisme hystérique, dans les cris et les hurlements désespérés comme si on attentait - si par malheur nous n'étions pas en accord avec cette vison- à l'être même de ceux qui, parfois, tout au long des mots disent leur souffrance. Et réalité, la question est vitale, c'est bien là une question de vie ou de mort. Quand on ne peut se concevoir autrement qu'en rapport à une sexualité quelle qu'elle soit, remettre en cause celle-ci ne peut être qu'une pression là où ça fait mal.
Nous sombrons, alors, dans un des travers de notre époque : la victimisation, où la question est de savoir qui est victime de qui, qui est victime en premier, qui possèdera les droits de cette préséance, qui peut légitimement se plaindre et pâtir et qui doit, au contraire, "la fermer" pour que je puisse "l'ouvrir". Une certaine "communauté" homosexuelle se complaît dans cette position, ô combien moderne, de la victime absolue. Cette position est en général génératrice de haine fieffée, à l'instar de l'animal qui, tout entier dans sa blessure, mord et tue.
Aucun argument n'aura raison de la haine, et rien ne saura apaiser la douleur, rien. Vous aurez beau consoler, rassurer, raisonner, panser, soigner, calmer, rien ne saura restreindre la violence. Il est des blessures telles qui comptent pour des raisons de vivre, dés lors en guérir serait en quelque sorte mourir.
Ah, la violence qu'une blessure peut engendrer ! Une violence en miroir, une violence en réponse à l'absurdité de la blessure. Je blesse à la mesure de ma blessure en espérant, follement, que si elle ne guérit pas, du moins qu'une certaine forme de justice soit rendue, soit patente, enfin !
Ainsi, le hasard m'a mis aujourd'hui même devant une certaine littérature émanant de personnes homosexuelles, le revendiquant et en faisant même l'essentiel de leur condition humaine. Une littérature haineuse, pleine de vitriol, pleine de violence, une violence paradoxale puisqu'elle existe pour dénoncer une autre violence. Si l'homophobie véritable est, en effet, une violence, la haine des contempteurs - souvent obsessionnels- de l'homosexualité est une violence aussi. L'écrit en question en était saturé, et parfois de manière gratuite. On peut se demander, dés lors, si la haine, ainsi bêtement étalée, n'est pas le fait d'une blessure, et si la colère ne serait pas le flot que répand une plaie ouverte.
Une certaine défense de l'homosexualité ou plutôt d'une certaine vision du monde homosexuellement centré, manifeste, en effet, une blessure telle que cette défense en perd toute raison. Elle est devenue folle, folle de douleur. Elle s'étale dans une espèce de narcissisme hystérique, dans les cris et les hurlements désespérés comme si on attentait - si par malheur nous n'étions pas en accord avec cette vison- à l'être même de ceux qui, parfois, tout au long des mots disent leur souffrance. Et réalité, la question est vitale, c'est bien là une question de vie ou de mort. Quand on ne peut se concevoir autrement qu'en rapport à une sexualité quelle qu'elle soit, remettre en cause celle-ci ne peut être qu'une pression là où ça fait mal.
Nous sombrons, alors, dans un des travers de notre époque : la victimisation, où la question est de savoir qui est victime de qui, qui est victime en premier, qui possèdera les droits de cette préséance, qui peut légitimement se plaindre et pâtir et qui doit, au contraire, "la fermer" pour que je puisse "l'ouvrir". Une certaine "communauté" homosexuelle se complaît dans cette position, ô combien moderne, de la victime absolue. Cette position est en général génératrice de haine fieffée, à l'instar de l'animal qui, tout entier dans sa blessure, mord et tue.
Aucun argument n'aura raison de la haine, et rien ne saura apaiser la douleur, rien. Vous aurez beau consoler, rassurer, raisonner, panser, soigner, calmer, rien ne saura restreindre la violence. Il est des blessures telles qui comptent pour des raisons de vivre, dés lors en guérir serait en quelque sorte mourir.
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